dimanche 30 mai 2010

Problèmes techniques!

L'ordinateur est un animal ingrat, nourrissez-le chaque jour, prodiguez-lui des soins quotidiens, ménagez sa susceptibilité en ne l'injuriant qu'occasionnellement et à voix basse, caressez affectueusement ses touches délicates, pfft !, rien n'y fait, à la moindre contrariété il vous tourne les processeurs et s'en va voir ailleurs si vous n'y êtes pas! Bref, sans crier gare, il vous laisse tomber comme une vieille chaussette, en rade, basta, fini, kaput!
J'ai eu beau batailler avec ses entrailles, secouer le labyrinthe de ses composants, et implorer Saint Bill Gates de toute ma ferveur, la bête têtue ne voulait rien savoir. Elle expirait bel et bien sous l'assaut d'invisibles virus, qui lui avaient donné la fièvre et l'avaient laissé presque pour mort aux détours d'une recherche internet. L'amnésie commença alors, légère d'abord, quelques liens par-ci, quelques photos par-là, progressivement c'est sa mémoire entière qui vacillait comme un château de cartes! Un désastre, un Titanic, la retraite sans condition d'une armée en déroute! Ils l'ont emporté, presque sans vie, la mine défaite devant l'ampleur des dégâts, de la résignation dans le regard...
- vous savez on n'est pas sûrs de le sauver, c'est grave!
- je vous en prie, faites votre possible, je ne sais pas ce que je pourrais faire sans lui
- il faut attendre, on vous téléphonera pour vous donner des nouvelles. Il est dans de bonnes mains, on doit d'abord savoir ce qu'il a et ensuite on verra ce qu'on peut faire. Pour l'instant on ne peut rien vous dire.
Une fois parti, j'ai regardé la table vide, quelques légers traits de poussière dessinaient encore son ancien emplacement.
Après d'interminables jours d'attente, dévorée par l'angoisse du silence, dépossédée, isolée du monde, dans le silence et face à la noirceur profonde d'un écran sans lumière, le téléphone a retenti:
- on l'a sauvé, ça été difficile, mais on l'a sauvé! Vous pouvez remercier P.L., c'est le meilleur! Sans lui, on n'aurait pas donné cher du résultat! Pendant quelques jours faudra le ménager, le chargez pas trop et vous verrez, tout rentrera dans l'ordre!
- oh, merci, je ne sais pas...enfin vraiment...dites au Pr P.L. que je lui suis infiniment reconnaissante. Je suis contente, vous savez j'étais perdu sans lui, je ne parlais à personne, merci encore !
Il était là, posé, fragile, j'avais presque du mal à l'approcher. Puis j'ai appuyé sur le bouton, à droite... En quelques secondes à peine, il était revenu, comme avant, un peu plus fort peut-être, plus rapide aussi. Il a clignoté de toutes ses lumières et je crois qu'il m'a sourit!
Veuillez donc m'excuser de ce si long silence, D430KW 2335EB569 dit ZZQ76543 était bien malade !

mercredi 12 mai 2010

Mdina, la silencieuse


Passé le porche, où piaffent les chevaux des carrioles, voici dans le matin déjà inondé de soleil, Mdina.
La forteresse silencieuse, labyrinthe de ruelles étroites où les murs si hauts des maisons laissent à peine un carré turquoise au dessus de nos têtes.
Mdina, la silencieuse, qui étouffent dans la pierre , les verbiages lointains des touristes en goguette.
La Cité, érigée sur les vestiges d’une ville phénicienne et romaine appelée Melita, était la prospère capitale de Malte au cours du IXème siècle. C'était la plaque tournante de toutes les activités commerciales et administratives. Les Arabes, qui dominèrent le pays jusqu’au milieu du XIIIème siècle, construisirent de nouvelles fortifications et la rebaptisèrent Medina. Elles protégeait alors, les îliens contre les attaques des barbares le long de la côte.
Atmosphère unique, mystérieuse qui vous envahit lorsque vous flanez dans le dédale des rues étroites, ou sur les remparts de la ville.
Mdina ensorceleuse derrière ses portes closes, aux heurtoirs si travaillés.
Palais et églises rivalisent d'une sensuelle beauté.
Citta Notabile, la cité noble, où les chevaliers reposent sous des dalles de marbre qui disent leurs hauts faits pour l'éternité.
Juchée sur un plateau de 150 m, elle domine un panorama immense qui s'étend jusqu'à la mer, j'écoute le silence de la ville mémoire.
Demain les 3 citées, Vittoriosa, Senglea, Cospicua, où s'installèrent les premiers chevaliers de l'Ordre. Ils vont s'avèrer être de fabuleux bâtisseurs et les témoignages de ces édifices sont présents partout.
Alors, à demain !

mardi 11 mai 2010

La Valette nous voilà !

Mon ordinateur n'aime pas les voyages, il s'emmêle les connexions, et les changements lui donnent des boutons (un comble!). Veuillez pardonner ce silence forcé.
La Valette nous voilà! Premier contact avec la conduite à gauche, le plus difficile étant le reflexe naturel qui vous pousse à chercher le levier de vitesse sur la droite!
Valetta est la capitale de Malte, où l'histoire de l'ordre des chevaliers, s'inscrit dans chaque pierre. Ville forteresse, ses ruelles en pente, descendent vertigineusement vers la mer d'un bleu sombre où se croisent les ferries qui mènent vers l'île de Gozo.
- Bonjou, yek yodje, fein ou marsa?

- Bonjour, s'il vous plait où se trouve le port? Les maltais sont aimables et font même un bout de chemin pour retrouver le vôtre.

Le vin est un délice, sur tout l'Antonin, un vin rouge fruité, mélange de cépages Cabernet franc, Cabernet Sauvignon et Merlot.
Au départ de City Gate, à l'entrée des remparts, un ballet d'autobus multicolores s'enroule autour d'une superbe fontaine.
Dimanche la ville s'est transformée en circuit automobile, des Austins, des Jaguars et des Alfa Romeo des grandes heures des 24h du mans se sont données rendez-vous pour le rally de Valetta, suivi d'un concours d'élégance, où Rolls Royce et Demler d'un autre âge rivalisent de chromes étincelants et de cuirs cirés.

Dans les rues, les voisines échangent les nouvelles d'un balcon à l'autre, tandis qu'une ménagère qui revient du marché appelle "l'ascenseur Maltese", pour remonter ses courses.
On se presse pour admirer la toile extraordinaire du Caravage, dans l'oratorio de l'église St Jean : la décapitation du Baptiste, à voir!
Demain viste de Mdina, "la silencieuse" citadelle fortifiée, perchée sur un piton rocheux, ancienne capitale de Malte.

mercredi 5 mai 2010

Pure Malte !

Il est né à Lavalette, sur l'île de Malte, d'un père originaire de Cornouailles, marin dans la Royal Navy et d'une mère gitane de Séville. Corto Maltese...
Rien que son nom me fait rêver, du coup j'ai affûté mes valises à nouveau.

Demain, destination Malte!

Déjà, j'entends, l'écho lointain d'un cliquetis d'armure. Voici qu'arrivent des temps anciens, les chevaliers de l'Ordre Hospitalier et Militaire de St Jean de Jérusalem ! Charles Quint, en 1530 leur concéda « en fief perpétuel, noble et franc, les villes, châteaux et îles de Malte et Gozo avec tous leurs territoires et juridictions » .
J'arriverai demain en milieu de journée à Lavalette, sa capitale.
En passant je souhaite faire un petit clin d'oeil à Eric LaVALETTE Band, un groupe à découvrir absolument !
Vous pourrez comme toujours suivre mon carnet de voyage sur ce blog ...
- Avoue qu'c'est quand même une drôle d'heure pour arriver, surtout de ce temps là
- Ah! les voyageurs c'est fait pour voyager, le temps n'a rien à voir là-dedans !
Michel Audiard, Un singe en hiver

mardi 4 mai 2010

Sorcières

Les sorcières n'aiment pas aller au bal ! Cette phrase s'est subrepticement glissée dans ma tête ce matin, comme une petite souris malicieuse dans la plinthe d'un mur. Pourquoi? Les dieux seuls le savent !
Normalement, on évoque le bal des sorcières, qui réunit les soirs de lune pleine, un bataillon de nez crochus montés sur balais et tournoyant autour d'un vieux chaudron dans la clarté blafarde. Alors, allez me dire pourquoi ma cervelle s'est mise à ruminer cette phrase aussi étrange?
Qu'importe, parlons sorcières, voulez-vous?
Le mot sorcières, en français, dérive du latin sortarius: diseuses de sorts . Elles fricotent avec les forces obscures, et opèrent grâce aux maléfices, qu'elles puisent dans leurs grimoires, remplis de recettes d'élixirs, de rituels, d'amulettes et de grigris. On raconte que l'on voit beaucoup de sorcières, la nuit de la Saint Jean. Au matin, les forces de la terre sont à leurs apogées, les plantes puisent le maximum de cette force dans leurs racines. Pour les cueillir, elles vont le ventre vide et cueillent les 7 sacrées: l'armoise, la joubarbe, le lierre terrestre, la marguerite, le millefeuille, le millepertuis et la sauge.
Mystérieuses par leur savoir, respectées pour leurs connaissances, craintes à cause des énergies inconnues qu’elles manipulent, elles parcourent la lande et les forêts de ronces et nul ne les approche dans ces lieux impossibles!
Les voici, juste au dessus de vos têtes, vrouuuuuu ! Elles volent en rase-mottes pour rejoindre le sabbat. Bouillez et écumez la soupe maléfique ! Oeil de salamandre, langue de couleuvre pilée et aile de hibou réduite en purée... Elles planent dans la tempête et vont d'un train d'enfer... Leurs manteaux noirs jouent avec les ombres, et leurs chapeaux pointus dressent vers les étoiles une forêt de cônes noirs. Regardez, elles ricanent, l'oeil acéré et les cheveux de cendre dans le vent!
Quelles maléfiques incantations ont-elles donc murmurées dans leur barbe pour que me viennent ainsi ces idées folles sur un balais?
Ah, Ah, petites échevelées, en me regardant dans la glace, ce matin, m'est venue une idée, les sorcières n'aiment pas aller au bal car elles détestent être décoiffées !

jeudi 22 avril 2010

A couper le souffle !

La mer à ailes déployées, un radeau arrimé à un cargo rouillé... l'un dévale la colline, l'autre s'enfonce dans la transparence bleutée. Il frôle la carcasse, il en guette les contours, il glisse à tribord en caressant la carène, il inspire et d'un coup de rein plonge... la dentelle de ferraille lui dessine une porte et le faisceau de sa lampe m'aveugle. Il s'insinue par l'ouverture en dessinant les ombres, il passe de l'autre côté de la lumière. Sa torche dessine un nom, tandis qu'à la surface on négocie encore.
La mer, comme un architecte patient, a tracé un dédale où un Thésée de néoprène, abandonné d'Ariane, s'invente un fil conducteur. Il m'entraîne. Il tarde à faire surface, dehors, on en finit pas de regarder la montre, où les aiguilles traînent les pieds pour faire le grand tour.

Déjà 2'50 que je retiens mon soufle dans les méandres de l'épave, je n'ai jamais plongé aussi longtemps. La lueur rampe sur des passerelles de métal, grimpe le long des portes de sas et se perd dans la cale. Mes tempes jouent du tambour, mon coeur s'embouteille sur les grandes artères, chaque centimètre de mon corps aspire goulument l'ultime parcelle d'oxygène, mes yeux tirent les rideaux, respire, respire ! Mais quoi? je n'ai plus rien à inspirer, juste garder de quoi remonter... Je ne tiendrai pas.

2'56, il hisse un corps, lourd comme les semelles de plomb d'un scaphandrier qui ne rejoindra plus la surface... Impossible de continuer, je suffoque. Remonter, tout de suite, vite, à bout de souffle, encore perdu... Lui, il est resté.

3'21, il refait surface, ses lèvres dessine le O d'oxygène, il aspire lentement, il a encore gagné ! Sur le radeau ils sont médusés !

J'ai passé et repassé cent fois cette scène du Grand Bleu, je n'ai jamais pu relevé le défi. Entraînée, chronométrée, mentalisée, je suffoque toujours au bout deux minutes à peine, et encore les jours où je tiens la forme !
Luc Besson me met au défi depuis 22 ans !
Essayez d'affoler Chronos en retenant sa respiration, impossible! A moins d'être un champion.
La voilà, la goutte de génie qui fait déborder l'Océan des talents : Luc Besson nous oblige toujours à l'improbable : voir le métro faire surface, s'enticher d'un tueur amoureux d'une plante verte, câliner une machine à tuer, entendre le chant d'une gorgone, sauter à pied joint dans une bande dessinée!
Au diable les grincheux qui ruminent leur ennui à la surface et se contentent d'un bocal, pour faire tourner en rond leur manque d'imagination.
A l'impossible Luc, lui, est tenu ! Lorsqu'il vous tient, il ne vous lâche plus.
Qui l'aime le suive, pour rejoindre d'autres Mondes. Laissez vous faire, lâchez le filin, juste un instant et là, accroché à l'aileron de son talent, aspirez profondément et prenez le grand large...

2 500 !

Merci aux 2 500 visiteurs qui m'ont fait l'honneur et le plaisir de leur passage sur ce blog.
Venus de 20 pays, majoritairement de France, Espagne, Japon, Suisse, Belgique, Vietnam, vos visites tracent la cartographie de près de 150 villes dans le monde : Phnom Penh, Hodagaya, Toulouse, San Francisco, Douala, Noumea, Madrid, Toronto.
L'hommage à Philippe Verro, écrivain, Giffle de pluie , Jean Ferrat, et le réveil de Thoutankhamon sont les pages les plus visitées à ce jour.
Depuis le premier texte, en forme de question, publié en novembre 2009, près de 70 textes ont été mis en ligne; vous pouvez les retrouvez en cliquant dans la colonne de droite sur Blog archive.
La plupart de mes chroniques sont illustrées par mon travail photographique.
Cessons cet inventaire statistique. Je voudrais aujourd'hui remercier:
- les assidus, qui ne manquent aucune chronique, me laissent de délicieux témoignages de fidélité et d'encouragement,
- les passants, qui viennent jeter un coup d'oeil sur les nouvelles publications,
- les curieux, attirés par un titre ou une photo,
- ceux qui arrivent là par hasard et qui restent
- ceux qui repartent aussi, sans prendre le temps de jamais s'arrêter,
- les amoureux des mots,
- les doux dingues de voyage,
- les grammairiens, fouineurs d'orthographe ...

2 500 amis ou anonymes qui chaque jour animent, sans le savoir,
mon besoin vital d'écrire.
Chers 2500, permettez-moi de vous offrir un verre,

samedi 17 avril 2010

Regard

Ceux qui me connaissent savent que je ne me sépare jamais de mon Canon EOS 500. Il est le prolongement de mes regards et je passe hiver glacial et suave printemps à guetter dans le viseur, le temps des Hommes. Me voici donc transformé en sentinelle, à l'affut des géométries des toiles bayadère, des ombres chinoises découpées sur les murs de pierre, et des nuances irisés des verres en cristal, traversés de soleil et posés sur une table. Les enfants en tenue de baignade, lacèrent le sable de leurs râteaux pour construire d'improbables châteaux en Espagne, et les marcheurs solitaires, mains croisées dans le dos, longent la plage encore déserte. Tiens, voilà qu'une vieille dame attend! Elle est droite sur sa chaise, les pieds dans le sable humide de la marée basse, elle ne regarde pas la mer. Elle se protège d'un soleil imaginaire qui n'a pas daigné sortir de son édredon de nuage.
La vieille dame au chapeau bleue est une rebelle, elle ne se pliera pas aux caprices d'une météo qui ne joue pas le jeu du printemps!
Tout près du bord de la mer paresseuse, passent deux âmes soeurs. Les pieds trempés dans l'océan, les amantes du chapelier de la plage, n'en finissent pas de lui faire de la publicité. Les passantes font un clin d'oeil à la vieille dame:
- trouves-tu qu'on se ressemble?
La baigneuse du troisième âge s'amuse alors au jeu des différences, et dérobe sans s'en apercevoir un quart d'heur à l'ennui.
Je mitraille, vite, sans presque aucun réglage, je ne veux rien perdre de l'instant, car " les êtres ont la mobilité et l'éphémère durée des vagues; seules les choses qui leur ont servi de témoins sont comme la mer et demeurent immuables".
La vieille dame reste assise, ferme et sans concession, lunettes noires et parasol planté dans le sable, profond. La vieille dame campe sur ses convictions!

lundi 12 avril 2010

Désaffection

Les vieilles usines désaffectées sont tristes. Elles ont des cheminées en brique qui ne fumeront plus et des murs sans yeux. Les herbes folles perdent la raison, à force de s’enrouler autour des vieilles poutres et les cloisons s’arcboutent sous les courants d’air. Les usines désaffectées trainent leur souvenir de travail comme de vieilles guenilles. Elles n’ont plus de toit, pour abriter la ronde des ouvrières, et plus de porte à claquer au nez de contremaîtres, les usines sont des navires fantômes sur un océan d’hier. Le train traverse la plaine, sans broncher, et longe ces cimetières sans nom du labeur. Autrefois, quand la sonnerie s’époumonait à annoncer la pause, les femmes sortaient souvent les dernières, les timbres des bicyclettes avertissaient les imprudents, on allumait la cibiche de tabac gris, roulée à la hâte et des grisettes entichées du nouveau tourneur-fraiseur au regard d’ange, jouaient des coudes pour se faire remarquer à la cantine. Il n’y a plus de carrés de cartons qui dessinent un arc-en-ciel de couleur près des pointeuses, les vieilles usines désaffectées ne mesurent plus le temps, elles en subissent les assauts sans mots dire. Oh certes, le travail était rude, les cadences harassantes et l’ouvrage éreintant, mais c’était toujours un travail bien fait, et dont on était fier.
Je me souviens de ce reportage, il y a quelques années dans la verrerie ouvrière d’Albi, qui fêtait alors son centenaire. La VOA, comme on l’appelle, qui fut la première Société coopérative ouvrière de France. Elle fut crée en 1896, après de longues grèves, par des verriers de Carmaux soutenus par Jaurès, qui, la force de convaincre rivée au corps, lançait d'une voix forte : « Sur cette rive à jamais illustre, vous avez élevé, citoyens, un temple que l’humanité considérera toujours comme le berceau de la liberté ! ». Voici les temples désertés, jetés en pâture aux lierres et aux mousses, aux araignées patientes, au salpêtre et à la "rouille aigrie du temps". Les vieilles usines, laissées à l'abandon s'enrhument au vent et toussent parfois, une poussière grise, lorsque des pans de mur s'écroulent. Les usines désaffectées font de la résistance, pour ne pas mourir dans la mémoire des Hommes.

lundi 5 avril 2010

Avril

Voilà Avril, déjà… Les dernières guirlandes de Noël à peine remisées, voici que les œufs en chocolat remplacent les papillotes. L’air est subtilement parfumé des prémices du printemps : herbe fraîche effleurée, zest d’agrume, fraîcheur de menthe poivrée, pollen du tilleul, chèvrefeuille suave et promesse de fleurs de sureau.
Le vent pique une colère quand le soleil se fait caresse, il lance une dernière bourrasque pour se faire croire que c’est encore l’hiver. Les chiens gambadent dans les premières acanthes, puis ils farnientent sous les haut-vents tandis que les poulains musardent sous les eucalyptus.
Voilà Avril, qui tient en haleine les amateurs de printemps. Ne te découvre pas d’un fil, aussi ténu soit-il, le fond de l’air est encore frais. Les robes de coton, trépignent dans l’armoire. Les hommes vont aux champs et ramènent au bercail, des joues rougies, couleur de sang. Les mains couvertes de cals, tressaillent un peu sous l’eau froide, et gardent sous les ongles, la terre encore humide.
Voilà Avril, la sève monte dans les bourgeons, boutons de vie des fleurs fanées, qui inlassablement reviennent aux premiers baisers du printemps. L’arbre se fait tour à tour parapluie et ombrelle, car l’averse guette au coin des branches, où un ciel couleur gris souris, parfois s’accroche. La pluie doucement ruisselle, au creux des premiers nids, où la mésange surveille sa couvée.
Voilà Avril, le jour s’allonge, et s’étire comme un paresseux jusque derrière la colline. Il joue des coudes pour se faufiler entre chien et loup, il gagne du temps le coquin ! L’après-midi n’en finit pas, pour empêcher que la nuit tombe et les cris des enfants qui jouent, effraient les premières ombres. La lune peut penser aux vacances, et préparer ses quartiers d’été.
"Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver, racontés, au petit matin , à la table des anges!".

mercredi 31 mars 2010

Vieillir, la belle affaire !

Les ridules se sont transformées en sillons profonds et sinueux, ils esquissent à présent, sur le visage, les sentiments de toute une vie. Combien de peines et d'interrogations, d'amertumes et de doutes, combien de détermination et de sourires, combien d'étonnement, le stylet du temps a-t-il sculptés ainsi dans l'ombre? Combien de coup de burins impitoyables, le Dieu Chronos a-t-il martelés sans cesse, pour dessiner ainsi les tortueux arcanes d'une seule existence? Voilà que le visage s'effondre, dégoulinant comme de la glace fondue, voilà qu'on ne se ressemble plus. Il y a bien dans l'incandescence du regard, la persistance des lueurs de l'enfance, mais le reste se chiffonne, comme un vieux costume d’alpaga trop porté. Oui, les joues sont froissées, comme le papier de soie dans un vieux carton à chapeau, et les paupières closes, comme les persiennes à l’heure de la sieste. Les lèvres, autrefois charnues et pulpeuses sous les baisers, retombent mollement autour d’un caramel, que les dents fatiguées ne mastiquent même plus. C’est à peine si le fard à joue parvient encore à estomper, d’étranges taches brunes, qui apparaissent peu à peu, comme de petites marguerites sur une tombe. La jeunesse a fait ses bagages en laissant deux lourdes valises sous les yeux.
Ce visage était le sien, elle ne se reconnait plus. Elle a beau se retenir, elle vieillit quand même !
Ce serait donc ça la vieillesse, une transparence, où tout se lit à ciel ouvert. « La possibilité de jeter le masque en toutes choses, est l’un des rares avantages que je trouve à vieillir ». La belle aubaine, voilà l’occasion à ne pas manquer, même pour tout l’empire du Botox, le royaume des Liftés ou le palais de Lipo Sucéh ! Vieillissons ensemble mes sœurs, lippe tombante et yeux gonflés, brûlons Monsieur Carnaval ! Ce peut être tout à fait délicieux de vieillir, juste si on y met un peu de bonne volonté ! On perd sans doute en élasticité dermique mais on gagne en Vérité.

dimanche 28 mars 2010

Sieste

Laisser le monde tourner sans nous... Basculer pour un instant loin des zones de turbulences et se laisser aller à la douce torpeur de l'après-midi. Suspendre le temps sur la corde à linge de la vie, et laisser sécher ses larmes, parfois. La tête lourde des tourments de nos coeurs, s'accouder à l'équilibre fragile du monde pour souffler un peu. Les paupières cherchent la pénombre, balbutient devant l'hésitation du sommeil et s'abaissent, comme les rideaux sur la scène, à l'heure de l'entracte. Nous voilà entre deux mondes, dans le couloir fragile du relâchement. A cet instant de ravissement extrême, où l'on dort sans dormir, où l'on veille sans résister, ce "cul entre deux chaises" de la conscience (voir Viento page 103), là, c'est le bonheur! Qui résisterait à cette merveilleuse somnolence qui envoie les emmerdeurs se faire pendre ailleurs? Qui laisserait pour tout l'or du monde, ce microcosme d'infinie douceur? Sentez le corps lâcher prise, au moment où, le flot ininterrompu des idées en tout genre, commencent à se tarir. Nirvana éphémère où l'Homme devient Sage. La voix des autres se fait lointaine, ce n'est plus qu'un ronronnement. Quel ravissant éloignement, quel délicieux isolement! Une trêve, mieux, une gourmandise volée dans la vitrine du temps qui passe et qui vous fait saliver d'avance. Oh ma sieste gourgandine, qui aguiche le passant sans même soulever un jupon! Bercé par la douceur de l'assoupissement, se prendre au jeu de l'indolence, reculez de trois case, passer son tour! Succomber à une nonchalance captivante et éhontée, sans tourment et sans rose aux joues. Voici l'instant sublime, le charme exquis d'un petit bonheur volé et de soporifiques extases. Voici la sieste, simple comme un bonsoir, délice à quatre sous, jouissance à la sauvette, somnolence qu'aucun Prince Charmant ne pourrait interrompre. Maudit changement d'heure, qui me vole un peu de cet oubli en milieu de journée!

jeudi 18 mars 2010

Non mais c'est pas bientôt fini ce silence !

En voyage depuis plusieurs jours, j'ai un peu de mal, à trouver une connexion à internet. Cette paresse technologique, m'emmène dans des promenades longues et sans but, j'y rencontre des gens qui se racontent, et croise de belles énergies... je savoure poissons et crustacés, vin tanique et tomates juteuses au goût de fruits. Il reste peu de temps pour écrire.
Alors Y'a pas d'mot, le blog de ceux qui aiment les mots, prends des chemins de traverse et s'offre l'école buissonnière!!
Profitant de cette accalmie, ma mémoire ingurgite les soubressauts du monde, les inscrit sur des feuilles volantes, qui prendront leur envol dans les prochain jours.
Merci de votre fidélité et de votre patience.
Rendez-vous dans quelques jours ... promis !

samedi 13 mars 2010

Jean Ferrat

Cher Jean,
Dans mon bureau, j'ai gardé la photo si gentiment dédicacée que vous m'aviez envoyée et je n'ai jamais oublié notre rencontre. J'en garde l'étincelle de votre regard et votre voix qui, en confidence, disait ce que vous pensiez du Monde. Parmi les fleurs et la bruyère d'Ardèche, vous aviez choisi un autrement... Vous guettiez les saisons, parcouriez la montagne, laissiez la fenêtre ouverte aux amours des éternels mois d'août et écoutez chanter la rivière.
Voilà plus de trente ans, que chaque jour, vos chansons, entrent dans ma maison. Elles passent pourtant, comme si c'était la première fois, et laissent toujours, une petite trace indélébile sur mon coeur et dans ma mémoire...

" Une odeur de café qui fume et voilà tout son univers
Les enfants jouent, le mari fume, les jours s'écoulent à l'envers
À peine voit-on ses enfants naître qu'il faut déjà les embrasser
Et l'on n'étend plus aux fenêtres qu'une jeunesse à repasser"
Mes jours à moi, remplis des mots de vous.
Ce soir je suis triste, les mots ni peuvent rien, et ceux que je voudrais écrire, sonnent creux en cognant contre la porte close de la maison d'Antraigues...

"Tu aurais pu vivre encore un peu, t'aurais pu rêver encore un peu, te laisser bercer près de la rivière, par le chant de l'eau courant sur les pierres, quand des quatre fers l'été faisait feu. T'aurais pu rêver encore un peu, sous mon châtaignier à l'ombre légère, laisser doucement le temps se défaire, et la nuit tomber sur la vallée bleue, t'aurais pu rêver encore un peu...
Cher Jean,vous auriez pu vivre encore un peu...

mercredi 10 mars 2010

Le facteur n'est pas passé...

On n'écrit plus jamais à personne. On ne se raconte plus, on se téléphone. Où diable est passée cette fébrilité impatiente , qui nous faisait courir jusqu'à la boîte aux lettres? Nous guettions alors, ce porteur de nouvelles, à l'uniforme élimé, qui d'un signe à sa casquette, nous souhaitait, quand il n'y avait pas de courrier, une bonne journée. La sacoche pleine, le messager poursuivait sa tournée, réchauffé par quelques gouttes de vieille gnole, qu'à cette époque, un parfait fonctionnaire n'aurait pu refuser.
Elle arrivait enfin, la missive attendue, que l'on décachetait, les mains tremblantes et le coeur à l'arrêt comme un fidèle chien de chasse.
Enfin des nouvelles de Vincent:
"Là - revenu ici je me suis remis au travail. le pinceau pourtant me tombant presque des mains et - sachant bien ce que je voulais j’ai encore depuis peint trois grandes toiles. Ce sont d’immenses étendues de blés sous des ciels troublés et je ne me suis pas gêné pour chercher à exprimer de la tristesse de la solitude extrême..."
et cette enveloppe bleue, un message d'Arthur :
"Nous sommes aux mois d’amour ; j’ai presque dix-sept ans. L’âge des espérances et des chimères, comme on dit, - et voici que je me suis mis, enfant touché par le doigt de la Muse, - pardon si c’est banal, - à dire mes bonnes croyances, mes espérances, mes sensations, toutes ces choses des poètes..."
Cette écriture, cette signature étoilée, c'est un petit mot de Jean :
"Les circonstances te permettraient de me suivre je passerais toute ma vie dans ce décor. L’hiver très doux à cause de la dune qui protège. Les villes me blessent - me séduisent - me contaminent - rien à faire lorsque je m’y trouve."
Aujourd'hui, mon facteur ne se déplace plus qu'en mobylette en charriant des monceaux de factures sans âmes, que j'aimerai ne jamais ouvrir. De toute façon il ne monte plus à cause du digicode.
Ecrivons-nous, prenons le temps de quelques lignes (au stylo plume) pour dire tout ou bien rien... Glissons la lettre dans l'enveloppe (parfumée serait un plus), choisissons un joli timbre et affrontons le vent glacial, pour glisser dans la boîte jaune, la surprise que l'autre n'attend plus. Rendons sacrés les mots qu'on n'écrit plus... Une lettre c'est comme un papillon, c'est une rencontre qui, sous l'apparence d'une circonstance fortuite, dit souvent l'essentiel, les yeux dans les yeux sans ciller.

lundi 8 mars 2010

Douceurs de pluie

Il pleut, encore... Quel souvenir de pluie garde-t-on en mémoire?
Je me revois dans les années soixante, en ciré bleu marine, le chapeau dégoulinant de pluie froide, devant la boutique de Madame B. J'ai trouvé une pièce de 1 franc sur le trottoir. J'arrive presqu'à dessiner du bout de l'ongle, la silhouette gravée de La Semeuse, qui ensemence la fortune tout au fond de ma poche. Bon sang, c'est qu'un franc, c'est une sacré somme ! Voyons, avec un franc on peut acheter dix Carambars, ou bien cinq de ces coquillages remplis de sucre qui entament la commissure des lèvres. Peut-être pourrais-je faire un mélange savant de nounours guimauve, de boîte de poudre de coco, de rond de réglisse, de sachets Mistral, et de Carensac, peut-être du Zan... La pièce joue à pile ou face, sous mes doigts, devant la vitrine de la librerie-papeterie, teinturier et dépôt de pain, couverte d'une buée épaisse, qui m'empêche de lorgner les roudoudous. En ouvrant la porte vitrée, les clochettes du carillon me donnent bien le bonjour! Le ciré ruissèle et chaque goutte dessine des ronds sur le parquet, qui grince sous la semelle des bottes en caoutchouc. Madame B sent la pomme d'api, elle porte un cardigan en laine des Pyrénées, sur son impeccable blouse blanche, devant elle trônent des rangées de bocaux transparents, débordant de bâtons de réglisse, de gélatine multicolore et de berlingots aux arômes d'anis. 1 fr, la voilà ma fortune, un de ces anciens nouveaux francs, qui me transformait en princesse guimauve, dans le château des mille et une douceurs. J'entends encore l'averse tambouriner à la porte de ce royaume infranchissable, j'ai encore dans les yeux le brouillard que les perles d'eau déposaient sur mes cils, les cheveux ruisselants et la fraîcheur de l'averse sur les joues. Je sens fondre sous ma langue, les acidulés et les caramels blonds, les saveurs de fruits rouges réinventées, la vanilline, le chocolat au lait, et les arômes de pastilles de menthe que la chance avaient déposés aux portes de mon palais. J'emportais mon trésor, ma rançon de gloire éphémère, ma richesse d'un jour dans une poche de papier couleur bouchon de liège, où Madame B enveloppait aussi les petits pains. Dehors, j'ai rajusté le chapeau de tempête et j'ai couru à perdre haleine, sautant de flaques en flaques, bondissant comme un cabri sous l'orage, pour savourer, à l'abri de la pluie, le merveilleux butin gourmand.
Chaque fois qu'il pleut, me vient alors d'irrésistibles saveurs sucrées sur le bord de la langue : "La pluie fait des claquettes, sur le trottoir à minuit, parfois je m'y arrête, je l'admire, j'applaudis..."

mercredi 3 mars 2010

Ecrire

Ecrire, partout, tout le temps. Remplir d'innombrables cahiers de pattes de mouche, noire comme l'encre noire de la Chine.
Ecrire, comme un écolier appliqué, tous les matins le nez plongé dans ses exercices, ou faire l'écriture buissonnière en emportant ses cahiers dans sa besace, là où le vent tourne lui même les pages. Ecrire, comme on fait des gammes, laisser les virgules et les points d'exclamation battre la mesure du métronome grammatical, pour qu'un jour la symphonie des nuances et des silences se glissent sur la page.
Ecrire, sans rien dire, au nez et à la barbe des passants devant la terrasse, qui jamais ne sauront qu'ils se promènent aussi dans les livres.
Ecrire, à en perdre son latin, quand les verbes et les accords tiraillent les accents et s'accouplent aux S majuscules.
Ecrire, dans le silence de la nuit, quand le monde endormi, ne sait pas qu'on l'épie et que les moindres soubresauts de la planète sont prétextes à des lignes remplies puissance n.
Ecrire, et dire un à un les visages, qui autrement un jour, se confondent et s'oublient.
Ecrire, les tâches salées des larmes qu'on aurait autrement ravalées, écrire les rires aussi, quand ils éclatent, clairs et spontanés.
Ecrire, à la plume sergent major, qui trace les pleins et les déliés en frottant lascivement sur le papier, la lame métallique à intervalle régulier.
Ecrire, les échos de l'enfance quand le clairon sonne la dernière charge de la vieillesse. Les mains nouées d'arthrose, racontent les étreintes d'autrefois, quand les doigts empoignaient les hanches des amants.
Ecrire, pour toujours, ne plus jamais s'arrêter. Ecrire à hurler, écrire à pleurer.
Ecrire, et oublier l'histoire, juste pour le plaisir d'écrire, jusqu' à faire mal, parfois.
Ecrire, embarquer les gens du livre, et les laisser dériver au fil des pages, pour qu'ils se racontent eux même. Oui, les laissez faire.
Marguerite Duras, qui derrière la transparence du cadre me regarde, me lance un regard cinglant:
- La plus forte histoire de toutes celles qui peuvent vous arriver c’est d’écrire. Je n’en ai jamais eues d’aussi violentes. Ecrire, D’où ça vient ? Il faut laisser faire quand on écrit, il ne faut pas se contrôler, il faut laisser aller parce qu’on ne sait pas tout de soi. On ne sait pas ce qu’on est capable d’écrire.

lundi 1 mars 2010

Brèves de comptoir

La serveuse apporte une assiette d’olives vertes, cassées, recouvertes d’une huile couleur d’ambre. Ovales et grosses, elles ont le goût de l’ail nouveau et du thym et du romarin. Posé sur le bar, le jambon sur son support de bois, laisse voir une chair brillante, d’un rouge sombre, striée par endroit de graisse blanche. J'en recommande quelques tranches, pour sentir le goût sauvage, des promenades à l'automne, au milieu des chênes. Au dessus du comptoir, on a suspendu des chorizos et des anneaux de boudins noirs et sur le mur de pierre, un vieux licol.
Accrochée à une patère, une canne, taillée dans du bois clair, attend son propriétaire. Le client qui l’a laissée, embrumé des vapeurs de Rioja, est reparti, droit comme un i, laissant près du comptoir, une infirmité qu’il a parfois du mal à oublier.
Je n’ai pas d’histoire à raconter, ce soir de match, où le Real Madrid affronte le Betis de Séville. Une quinzaine d’hommes, les yeux rivés à l’écran, tressaillent quand les joueurs s’approchent des cages de buts. Ils piochent aveuglément dans une coupelle, remplie de cacahouètes, que bizarrement ici on sert presque brûlantes. La serveuse, entre deux clients, passe son temps à remettre sa montre à l’heure, en souriant. J’imagine qu’elle s’amuse à avancer la fin de son service, elle se fait plaisir par anticipation. Elle est la reine du monde, elle maîtrise les aiguilles du temps qu’elle avance ou recule au grès de son humeur et des générations entières de patron ne peuvent rien y faire. C’est elle qui choisit le rythme de son temps. Son sourire, juste là, à cet instant, cette jouissance effrontée, est la plus belle chose qui me soit donnée à voir à ce moment !
Je pique avec la fourchette, de petits artichauts tendres, rissolés et couverts de gros sel. Le patron mâchonne un cure-dent et hurle « goooooooooooooooooal » quand le ballon frôle les cages et à chaque fois, le cuisinier sort en trombe de sa cuisine, une toque plate, posée de travers sur ses cheveux longs, noirs et bouclés,
- qui, qui, a marqué ?
Cette fois je goûte des petits morceaux de boudin noir, dont la peau craquelée laisse échapper une peau onctueuse et grasse à la saveur anisée et des fèves aux oeufs brouillés.
-gooooooooooooooooooooal !
Le cuisinier sort comme un fou de la cuisine, Seville 2 Madrid 1, les partisans du Real, crucifiés, hochent désespérément la tête. J'en profite pour commander un "tinto de verano", un vin rouge que l'on mélange à de la limonade.
L'entraîneur, multiplie les changements, et la serveuse, confrontée à la réalité du temps qui passe, s'effondre sur une chaise, un verre d'eau à la main... encore deux heures de pain sur la planche !
Rien ne sert de mentir, on doit partir à point.

jeudi 25 février 2010

Giffle de pluie

Le ciel est fendu, comme une pierre de taille, il craquèle et s'effondre en gerbe sur l'Andalousie. Des franges noires de nuages lourds glissent au ras des collines. Il pleut sans discontinuer depuis des semaines sur les terres du sud qui n'en demandaient pas temps. A force d'implorer Dieu et Madone, pour que les champs brûlés par le feu de l'été, se couvrent enfin de rosée, les limbes lassés de tant d'oraisons ont fini par craquer! Ils déversent sans fin des trombes d'eau que les champs rouges ont fini par ne plus absorber. D'immenses mares boueuses attirent quelques oiseaux bravaches, là où il y a peu, la sécheresse brulait leurs pattes. Les taureaux prennent des airs de circonstance, figés, les sabots dans la boue, ils dressent vers le ciel un mufle humide qui guette la fin des averses. Ils ne se battent plus, ils piétinent, ils ne descendent plus vers la rivière, ils s'embourbent dans les flots de vase qui engluent la rive, ils ne paressent plus sous les chênes, ils s'abritent des rafales. Les fiers combattants ont perdu leur superbe, le poil terne, les cornes couvertes d'une terre noire, ils rêvent de soleil, de sieste sous les arbres, et qui sait, les étalons graciés repensent au triomphe de l'an passé... Les taureaux, dans les ornières, attendent l'accalmie sous le ciel noir. Un halo de vapeur grise, leur donne des allures de fantômes.
La pluie est venue les surprendre au cœur de l’hiver, pourquoi n’a-t-elle pas attendu la douceur du printemps pour faire croître sous leurs sabots, un beau tapis d’herbe verte et grasse ? Les taureaux voudraient se gorger de soleil! A défaut de combat, il s'arme de patience.
Parfois un soleil timide irise les champs, une lumière jaune pâle souligne les fleurs jaunes du mimosa, dont les parfums entêtants arrivent jusqu'aux barrières. Mais le ciel tire vite le rideau et déploie des voiles de pluie froide. Les chiens ont trouvé un abri, ils se pelotonnent près de la porte-fenêtre où s'insinuent les bouffées d'air chaud de la grande cheminée. Les labradors aiment l'eau, mais pas ces lames froides qui dégringolent d'on ne sait où et vous glacent l'échine, le plus jeune ne court même plus derrière les poules. Le ciel est encore descendu d’un ton, les nuages plombent d’anthracite la moitié du paysage et rapprochent l’horizon. La campagne Sévillane ne se reconnaît plus dans tous ces tons de gris, qu’elle a si peu connus. Le petit pont de fer qui enjambe la rivière doit faire le grand écart, devant la folie d’une rivière qui croit qu’elle devient fleuve. Devant l'entêtement du ciel, les hommes ont fini par prendre la pluie au sérieux, ils se sont mis eux aussi à regarder le ciel. Ainsi, près de Séville, sur les collines de chênes liège on peut voir le peuple des hommes, et celui des taureaux, sous l'interminable jour gris... ils regardent pleurer le ciel!

lundi 22 février 2010

Nuit de métal

Miguel Galanda traverse la vie les mains dans les poches, peut-être pour ne pas faire remarquer qu'il serre parfois les poings. Ses silhouettes malaxées sur un tamis métallique se laissent traverser, par les particules infinitésimales de la lumière de la galerie Atalante, où il expose à Madrid, jusqu'au 28 février. Les oeuvres de Galanda, récemment exposées à New York, tissent un chemin fait d'Homme.
Voici le Premier, l'Adam. A l'aube des temps, suspendu entre paradis perdu et terre d'adoption. C'est le Premier, celui qui est à venir, nous assistons à ses balbutiements, pas encore souffrant, juste posé entre deux choix! Puis vient le Primitif, l'"en dehors", la Différence, celui qui commence à savoir -pierre après pierre, feux après feux- les secrets du Monde. Galanda lui fait pointer du doigt son descendant qui le regarde, presque un sourire aux lèvres, le poids des millénaires calé sur ses épaules. L'Antique, semble courir à perdre haleine, sur le chemin de Samothrace! Le conquérant triomphe et se tourne vers les Dieux, à qui il offre ses victoires. Ecce omo, le fils de Dieu crucifié par les hommes, le Rédempteur, écorché de souffrance jusqu'au pardon, ploie sous la croix invisible. Au bout de ce chemin des hommes, les pieds plantés dans le présent lourd qui colle à ses semelles, qui est-il donc, celui qui guette ainsi, les mains enfoncées dans ses poches? Que lui est-il arrivé, pour qu'un peu de légèreté traverse sa souffrance? Il est l'Homme, le Je d'où vient le Nous, dans la simplicité du détachement, dans l'obscurité de ses ombres, dans le scintillement de la lumière qui le parcours.
Appréhender le travail de Galanda, c'est aussi regarder Paris, froissée avec tendresse sur le support, pour emporter le regard dans un jeu de piste entre Bastille et Pyramide du Louvres. C'est aussi déambuler dans un décor d'opéra, où les silhouettes de l'Archange, du Fou et de l'Arlequin, tournent sans fin sur elles-mêmes. Un mobile tragique qui ramène aux vers de François Villon :
"Jamais nul temps nous ne sommes assis,
Puis ca, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charie..."
Le travail de Galanda parle de la souffrance, de la Nuit Metallique. Ce qu'il ne sait peut-être pas, c'est qu'en laissant la lumière jouer avec ses ombres, la beauté dénudée s'insinue sous la toile et nous laisse Heureux, un moment...
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