vendredi 6 août 2010

Cérémonie Tamoule à Maurice

Cavadee est une grande fête Tamoule. Les dévots, transpercent leur chair de petites aiguilles, des vels. Leurs bouches sont traversées de tiges de métal, il s semblent se murer dans un silence, offert aux Dieux.
Voici le symbole de la lance de Muruga qui tua Idumban. Les fines aiguilles dessinent sur les corps, des éventails, comme les plumes d'un paon. Pas de cri, pas de pleurs , mais des regards tendus vers le ciel, ou vers la flamme des offrandes. Les arches dressées sur les têtes peuvent mesurer plusieurs mètres de haut, couverts de fleurs et portés à dos d'homme sous le soleil de l'hiver mauricien. Le cortège s'ébranle, et les fidèles rassemblés sur le bord de la route aspergent les pieds meurtris des dévots.
La concentration, la foi, fait déplacer des montagnes à ces hommes et à ses femmes. Tambours et trompes donnent la cadence aux fidèles, qui traversent la ville. Les saris dessinent des arcs en ciel et les chevelures d'ébène s'illuminent de mille fleurs. Les cavadees pèsent sur les épaules des Hommes, comme les mille poids de la vie.

mardi 3 août 2010

"Je fus noyé dans un souffle chaud et parfumé d'aromates sauvages qui s'épandait comme un flot plein de la senteur violente des myrtes, des menthes, des citronelles, des immortelles, des lentisques, des lavandes, des thyms... ".
Chouchou, giraumon, pâtisson, bringelle, lalo, patole bananes, ananas, papayes, noix de coco, caramboles, avocats, vanille et épices... Les senteurs dansent la gigue sous vos narines et les noms chantent à vos oreilles une farandole effrénée. Le marché frictionne tous vos sens, comme un gain de crin revigorant sous une pluie d'orage!
Dans cette océan de farniente incontrôlé, il n'y a vraiment que mes 5 sens qui travaillent!

dimanche 1 août 2010

Ile Maurice J5

Les ocres et les cuivres se mêlent aux teintes d'ébène, le parme s'impose sur le rose, la terre chante ses couleurs! Le volcan s'est mis à nu en s'inventant des allures d'arc-en-ciel. Chamarel est un lieu rare, où la nature a fait des siennes: l'érosion a découvert les cendres du volcan. Les couleurs sont capricieuses, si l'on essayait de les mélanger, quelques heures plus tard on les retrouverait séparées pour reprendre leur teinte primitive. " C'est une symphonie de couleurs, un cri de poussière qu'exalte un envol d'étincelles". Entre Rivière Noire et pointe du Morne, on dit que cette terre était un lieu de sorcellerie, pour puiser, sans doute, les forces des autres mondes, trouver le Lien. En ses terres aux couleurs étranges, la promenade se fait en silence : "Silence déposé au creux du creux, terreur de la bouche lunaire, il est une minute, une heure lourde comme si le temps arrêté allait se transformer en pierre immense : c'est un moment, soudain le temps dissout sa nouvelle et impossible statue et le jour demeure immobile, comme un prisonnier dans le cratère, en cette geôle du cratère, dans les yeux de l'iguane du cratère..." Pablo Neruda

samedi 31 juillet 2010

Ile Maurice J4

Le grand lac sacré de l'île Maurice: Ganga Talao.
Au mois de février, la ferveur des pélerins guide plus de la moitié de la population de l'île Maurice, vers ces eaux sacrées, pour la fête de Maha Shivaratree. Des milliers de fidèles viendront se purifier dans l'eau glacée. Shiva est le dieu de la danse cosmique, et protecteur du Gange, incarnation de la pureté et de la divinité en Inde. Ceux qui vinrent à Maurice ne pouvaient plus se rendre au Gange, alors ils l'amenèrent à Maurice. C'est ainsi que fût créé Le lac de Grand Bassin. Nous sommes là, dans une région montagneuse et retirée du district de la Savanne. Ils marcheront jour et nuit, portant des temples miniatures, intincelant d'innombrables petits miroirs: les kanwars qui symbolisent la soumission à la volonté des Dieux. Après les prières, les pélerins rentreront chez eux en emportant leur lotas, un petit vase en cuivre ou des bouteilles remplies d'eau sacrée du lac destinée à honoré le Shiva Linga.
Aujourd'hui, le calme règne autour du lac. Vers le ciel s'élancent des volutes grises et parfumées, le prêtre signe chaque front, d'une trace rouge sang. Le silence s'invite, je m'assois et j'aperçois au loin, l'autre côté des choses !

jeudi 29 juillet 2010

Ile Maurice3

Aujourd'hui je n'ai rien fait, nada, zéro, néant... Un de ces coinçages de bulle comme on en rêverait plus souvent. Entre deux insolentes somnolences, le soleil a décidé de se coucher!
Tout a commencé ce matin, l'averse m'a coincée sur le transat. Terrassée en terrasse par une nonchalance quasi tropicale, j'ai regardé les oiseaux se goinfrer de goyaves. Puis l'heure tournant sur elle même, à la fréquence d'un derviche somnambule, il était grand temps de faire quelques pas pour rejoindre la plage. A ce moment précis, une flémingite aigüe m'a foudroyée comme l'éclair. Les signes avant coureurs ne m'avaient pas trompée, la crise était sérieuse et le verdict implacable : je ne ferai rien de la journée! Et c'est ce que je me suis employée à faire. Ah, c'est qu'on ne joue pas avec la maladie, n'importe quel thérapeute vous le dira, on doit écouter son corps! Et bien, j'ai suivi scrupuleusement le conseil, je n'ai pas bougé le moindre orteil! A peine ai-je tendu le bras vers mon cocktail minty-orange! Une petite fille, construisait ses châteaux en Espagne au bord de l'eau. J'ai d'abord suivi, du coin de l'oeil, ces assemblages de tourelles et de donjons, mais très vite, ses incessantes allées et venues pour chercher de l'eau m'ont épuisée. Je me suis alors mise en concentration, puis en visualisation intense, et en relaxation pour atteindre un état de supra conscience : pour parler vrai, j'ai dormi comme une masse !Vous excuserez, je l'espère, le peu d'informations données aujourd'hui sur les coutumes mauriciennes, j'ai sans doute confondu, à l'heure de la sieste, les alizées et notre bon Mistral! Je ne résiste pas, toutefois à vous livrer cette savoureuse définition d'Alain Finkielkraut: la FénéHANTISE = peur obsédante de la paresse ! A demain

mercredi 28 juillet 2010

Ile Maurice J2

Température 26°, mer 23° . Les couleurs Mauriciennes déclinent un arc en ciel glouton de couleurs incendiées de soleil. Les sourires éclatent en plein midi et l'hospitalité s'enroule autour de vous, avec la délicatesse d'un pagne de lin blanc. Les fruits éclatent en mousse juteuse et parfumée, les siestes s'éternisent, bercées par la psalmodie lancinante des vagues. Les alizées jouent avec les paréos qui découvrent les hanches des filles, dorées comme des brioches, sous les regards effrontés des garçons, qui se cachent à peine derrière leurs lunettes de soleil. Les vacances se déroulent comme un parchemin rare, dont on ne voudrait pas gaspiller le moindre centimètre. Maurice travaille, à l'heure où je m'invente des paradis... A demain !

mardi 27 juillet 2010

Ile Maurice 1

Bonsoir de Grand Baie! Il est 18h23 (16h23 en France), la nuit est tombée il y a presque une heure, après un coucher de soleil couleur d'orange, qui aspirait à petites gorgées, les dernières gouttes de lumière, du cocktail lagon bleu de l'océan. Ma première rencontre ce matin, un tisserin, un oiseau couleur citron qui tisse d'étranges nids, suspendus au bout des branches. Ici c'est donc l'hiver, mais le temps, au nord de l'île, est idéal pour une sieste sur la plage de sable blanc. L'eau est claire et bonne. Le soleil joue parfois une partie de cache-cache avec les nuages, l'espace d'un instant, puis le temps se remet au beau. La blancheur d'albâtre du sable, sa douceur infinie, vous pousse irrémédiablement à le laisser glisser entre vos doigts, à le modeler, à le malaxer, du coup je me suis mise à sculpter une tête, un totem, un visage des temps immémoriaux, les yeux dressés vers le ciel, comme hommage des temps anciens, au soir qui s'effondre dans la mer

J'ai du sans doute, sans le savoir, invoquer un Dieu de la pluie, car un peu plus tard, une averse, soudaine, brusque a dessiné des pois sur le tissu de sable et s'est évanoui aussi vite qu'elle était venue.
L'île est un caléidoscope de fleurs multicolores et les fruits succulents: papaye, banane, ananas, noix de coco, melons. En ville, les trottoirs croulent sous les paréos couleur turquoise et les bikinis, sous l'oeil désinvolte de joueurs de dominos, qui font claquer leurs pièces sur une plaque de ferraille en guise de table. On roule à gauche, souvenir de la présence anglaise, et les mauriciens sont d'une gentillesse et d'une courtoisie sans pareilles.
Demain, je vous donnerai d'autres nouvelles de l'hémisphère sud...

vendredi 23 juillet 2010

L'île Maurice

A nouveau, je boucle mes valises. Nouvelle destination, nouveaux horizons, nouveaux voyages. Cette fois-ci, destination l'île Maurice. En calculant bien, je n'ai pas réussi, en une année, à dormir plus de trois nuits suivies dans ma maison. Je traverse l'Espagne de long en large, au pas des taureaux, fait des sauts de puces en France et en Europe, et m'envole pour de plus longs périples dès que mon agenda donne des signes de faiblesse. C'est l'hiver qui m'attend à Maurice. Un hiver relatif où les températures se calent sur les 20°-22°.
Retour en Août, où je repartirai jouer les nomades, de l'Andalousie à la Castille, et de l'Extremadura au pays Basque. Quelques excursions en France, et l'automne pointera déjà le bout de son nez plus frileux. A ceux qui se reposent, je souhaite de bonnes vacances, aux besogneux qui partiront plus tard, courage vaillants soldats!
Comme toujours, j'essaierai de vous envoyer quelques cartes postales virtuelles.
A vous tous, mes lecteurs fidèles je souhaite un doux et bel été, rempli de senteurs de sable, de prés ou romarin. Où que vous soyez, quoi que vous fassiez, que les nuits longues et fraîches de l'été vous offrent de beaux rêves et que les jours s'amusent à jouer les noctambules!
A bientôt

jeudi 8 juillet 2010

C'est pas le pied !

J'ai eu beau chercher, une journée entière, scrutant, lorgnant, fouinant! Rien!
Pas un être humain ne portait de chaussures fermées, j'étais perdue pour de bon, dans les dédales obscurs d'un monde de sandales! Des centaines de doigts de pieds de toutes sortes se trémoussaient sous mon nez: des égyptiens, dont le pouce dominant aurait pu porter le némes rayé, des grecs à l'index dressé comme une colonne dorique, et des plus carrés, normaux en diable! Je saute à pied joint sur l'occasion pour avouer que je déteste sandales, sandalettes, tongs et autres attributs chaussants qui laissent impudiquement, à vue, la dizaine d'orteils. Foulant au pied, parfois la rigueur de l'alexandrin (vers à 12 pieds), voici donc quelques vers, composés au pied levé:

- Madame, à l'inconfort vous voilà condamnée
car vous ne souffrez point de sandales à vos pieds

- Je ne saurais montrer, monsieur, hors la maison
des orteils torturés par quelques durillons.
Quel plaisir trouvez-vous à exhiber des pieds,
que des années de marche, ont par trop déformés !
Je n'ai aucune joie à découvrir ainsi,
mes tout petits petons et mes talons aussi.
Je préfère somme toute un joli mocassin,
à ses tongs en plastique aux couleurs de jasmin.

Cette ode "podologique" un peu osée, en forme de pied de nez, et composée un peu à la hâte, j'en conviens, n'en demeure pas moins une revendication qu'il faut prendre au pied de la lettre: Cessez de m'agitez vos cors sous le nez, rengainez vos oignons, vos hyperkératose et rangez sous la chaussette, vos ongles incarnés! Sans compter la démarche de mollusque, qu'adopte la plus part des sandallés, lancinant frottement de ski de fond du traîne savate. Je suis sur le pied de guerre!
Sus à l'indécence des arpions, et sur ce terrain, je vous attends de pied ferme. Non mais sans blague, est-ce vraiment indispensable de déballer ainsi, une dizaine d'appendices palmés! Je foule au pied tous ces a priori, qui font croire qu'ainsi le pied respire mieux, lorsque revient l'été. Je lève mon verre au pied, qui doit garder toujours un peu d'intimité! Je garde mes ballerines sous la main, enfin au pied, me voilà à pied d'oeuvre...
Bon après cette diatribe, déclamée haut et fort, acceptez que je m'en aille... sur la pointe des pieds!

dimanche 4 juillet 2010

Cliché!

Ce n'était sans doute pas un jour comme les autres. Un jour où l'on trace au cordeau, les raies des cheveux mouillés d'eau de Cologne. D'habitude, les jumeaux reviennent hirsutes, la blouse maculée d'une boue grise des champs de bataille d'écolier et la grand-mère ne quitte pas sa caisse des yeux! Ce jour-là, on s'est aligné en rang d'oignons, fermé tous les cols de chemise, repassé impeccablement les tabliers, même le chien s'est invité à l'instant solennel. Ils ont "l'âme endimanchée". La photo, à cette époque est un moment rare, un instantané de luxe que l'on s'offre pour les grandes occasions, et que seul, le photographe, est capable de capturer à l'intérieur de son étrange boîte noire. Personne ne se doute, sur ce cliché, que des années plus tard, tout le monde se baladera, un appareil photo dans la poche. Des millions d'images circulent comme des électrons libres sur la toile, la sphère de l'intime explose, engloutissant les frontières entre vie publique et vie privée. Il y des photos moches, indécentes comme un trou de serrure que lorgne un regard torve, et cruelles comme les flaques de rimmel que l'on piétine sous un regard désespoir. Des images, acides comme l'arsenic au fond d'un verre d'eau plate, et celles que l'on jette en pâture à nos instincts de loups voyeurs. Il y a des photos de pub, sirupeuses comme le rose tendre d'un assouplissant ménager, et des mensonges sur papier glacé, où des adolescentes faméliques cachent leurs cernes pourpre sous l'argile rose de la terracotta. Des enfants agonisent, kaki et vermillon sur fond de poussière de sable, tandis que la Tour de Pise a un penchant pour des millions de touristes virtuels. On entre dans les pyramides comme dans un moulin et la Joconde, que Leonard a mis longtemps à peindre, se reproduit comme des petits pains! Dans cette débauche de stimuli oculaires, il reste aussi des regards. Des émotions, posées comme une goutte de rosée et capturées au vol par un diaphragme dans un soupir. Des regards subtils et exercés, que les choses du monde touchent encore. Des photos qui valent des mots, des jeux d'ombres aux allures de syntaxes, des contre-jour en forme de point d'interrogation, des gros plans qui se conjuguent et des portraits qui se font verbe! Robert Capa, répétait souvent:" si vos photos ne sont pas bonnes, c'est que vous n'êtes pas assez près!". Voilà donc le secret, l'approche et la proximité, le contraire d'un éloignement, l'interdit de la distance. Fixer l'instant qui nous rend proche... et pourtant quelque chose nous échappe, toujours... "Je suis triste de ne pouvoir photographier les odeurs. J'aurais voulu hier, photographier celles de l'armoire à épicerie de Grand-Mère!", Lartigue.

jeudi 1 juillet 2010

La ville morte

Die tote stadt, d'Erich Wolgang Korngold était proposé hier, au Real Teatro de Madrid. adapté du roman "Bruges la Morte" de Rodenbach. Ecrite sur mesure pour les plus grands chanteurs viennois de l’époque, "La Ville morte", est une oeuvre époustouflante! L'atmosphère pesante de Bruges plane sur des décors oniriques, les sentiments sont exacerbés, la musique se fait parfois véhémente presque hystérique!
Cet opéra met en scène, les fantasmagories d'un veuf, qui croit retrouver son épouse disparue dans une jeune femme, rencontrée par hasard. A sa création, en 1920, l’Allemagne de la République de Weimar, vit à l'heure de l'expressionisme. L'essentiel alors, "ce n'est pas l'objet en soi, mais le rapport avec son âme. N'importe quel aspect de la nature, pourvu qu'il soit profondément senti, peut devenir un objet d'art. Ecoute avec attention tes voix intérieures. Tu dois tenir pour sacrée toute émotion pure de ton âme : car à l'heure de l'inspiration elle s'incarne sous une forme plastique."
Freud, cette même année, publie " Au delà du principe de Plaisir", dans lequel il élabore le principe de compulsion de répétition, que l'on observe chez les névrosés de guerre. Chez ces patients, l'événement traumatique, générateur de très fortes tensions, fait sans cesse retour dans le rêve.
Cet "éternel retour du même", les pulsions de mort et le principe de plaisir, décrit par Freud à cette époque, sont présents tout au fil de cet opéra, où rêve et réalité s'emmêlent jusqu'au vertige.
La mise en scène est époustouflante, et on ne peut s'empêcher de penser à la Mort à Venise de Visconti. La poudre blanche, qui recouvre les visages, sent la mort, comme la chaux blanche, qu'on utilisait pour désinfecter les rues de Venise au temps du choléra. Même pesanteur des choses, même dérisoire protection contre un mal qui ronge la vie.
Hier, Madrid collapsait à cause d'une grève du Métro, j'ai pris un taxi. Le chauffeur écoutait Ella Fitzgerald en feuilletant un traité de yoga à chaque arrêt au feu rouge.
La vie, avant La ville morte!

mardi 29 juin 2010

Paresse...

Je rêverais d'avoir le temps. Je coincerais alors une bulle méritée, les pieds sans vergogne posés sur une table basse, l'air de rien au coin des yeux, l'art de rien faire au coin du coeur. Doucement bercée par le temps qui passe, je laisserais Rostropovitch me tordre l'âme sous les assauts d'archer du prélude de la suite n°1 de Bach, tandis qu'une hirondelle inspirée dessinerait un vol d'arabesques. Les minutes s'inventeraient des éternités de légende et ma montre bracelet s'enroulerait mollement, autour de mon poignet, elle n'indiquerait plus l'heure, elle serait là pour la décoration! Je regarderais les volutes d'un Partagas n°4 monter lentement dans le ciel clair, et s'enrouler comme un nuage, autour d'une branche. Même la fourmi s'octroierait une pause, elle arrêterait d'engranger ses réserves d'hiver et prendrait ses aises sur mon bras, les antennes en éventail. Le vent se ferait paresse, évitant les rafales, juste un souffle léger pour caresser la joue qui passerait sans même froisser une mèche. Il y aurait dans l'air des senteurs d'origan et de citronnelle, des nuances de frésias et des arômes de noisettes. Il n'y aurait rien à faire et pas grand chose à penser, il suffirait d'être, à ce moment du jour arrêté. Divine paresse qu'aucun remords ne vient troubler, être à soi même et s'en vanter! Un panama en guise de visière, dessinerait une persienne couleur paille devant les yeux, inventant des espaces vides, que rien ne viendrait combler. Laissez aux autres le soin de s'agiter, et en finir avec les courses folles, s'arrêter. Entendre son coeur battre la mesure du concerto d'exister, s'écouter respirer. Ah, la belle idée que de faire du sur-place et de ne plus avancer! Plus un mouvement, juste l’oscillation lascive du hamac en chanvre, qui à peine se balancerait. Oser le vagabondage de l’âme en solitaire, dans le silence d’un soir d’été, où le soleil lambinerait à se coucher. Ennivrante sensation de n'avoir rien à faire que de contempler, les eaux lentes et les ombres entremêlées. "Là, le bruit des vagues et l'agitation de l'eau, fixant mes sens et chassant de mon âme tout autre agitation, la plongeaient dans une rêverie délicieuse." Oui, je rêverais d'avoir le temps!

lundi 14 juin 2010

Kaguyahime

A Marie-Agnès , qu'elle puisse trouver dans ces quelques lignes, le modeste témoignage de mon immense admiration et de mon amitié fidèle!
Kaguyahime, princesse, belle comme la lumière diaphane de la lune pleine, puissante comme la tige de bambou dont les Dieux lui firent un berceau, lente comme un silence suspendu...
Marie-Agnès Gillot, danse et se fractionne en mille petits éclats de poussière d'étoile. La princesse passe, enveloppée d'une beauté indicible, une éclipse éclatante, une tourmente d'émotions. Là où la princesse trace un sillon prometteur de paix pour les Hommes, elle ne sème que convoitise et chaos. Le monde résonne du fracas des combats, vacarme assourdissant des jalousies meurtrières, où les tambours s'acharnent en recouvrant la méditation des flûtes.
La beauté s'incarne, et l'Homme se désagrège en perdant la raison. La pureté affronte la tentation. Les démons s'en prennent aux anges.
Le corps de Marie-Agnès se fragmente dans une arythmie séquencée. La princesse tient dans sa main le monde qui bascule. Marie-Agnès ne danse plus, elle écrit avec son corps, les symboles d'une humanité perdue, une épître du ciel, le SHODO: la Voie par la calligraphie, en blanc et noir, Yin et Yang, le début et la fin! Elle se balance, sur le fil fragile qui relie deux mondes, où le vide prend tout son sens. Dans le chaos, elle reste encore la Proportion.
Jiri Kylian, chorégraphe: " le cœur du sujet réside moins dans le récit que dans les thèmes qu’il évoque : la beauté qui suscite l’amour mais engendre aussi la jalousie, la guerre et la destruction… autant de sentiments qui jalonnent toute l’histoire de l’humanité et qui touchent chacun intimement. Je procède par abstraction, jusqu’à trouver une résonnance universelle et les nuances qui saisissent nos émotions contradictoires. La danse passe par le concret du corps, qui travaille, sue, souffre, tout en cherchant une dimension métaphysique."
Voilà pourquoi Marie-Agnès Gillot, danseuse étoile à l'Opéra de Paris, est sublime : elle travaille, souffre et sue en puisant en elle même, la dimension ultime qui nous rend si puissant: l'émotion!
Le soir de la générale, à l'Opéra Bastille, elle emportait tout sur son passage, un vent de tornade à travers les bambous, sous les lumières opales de la lune...
La tempête apaisée, les musiciens du palais ont suspendu leurs costumes de soie sur les cintres du ciel, la lune profite d'un nuage pour aller faire un tour. Je retrouve Marie-Agnès, dans un restaurant japonais où nous refaisons le monde, encore, du bout de nos baguettes. La princesse a le corps fourbu, les pieds mâchés, les muscles en compote, et la nuit du pays du Soleil Levant a laissé comme une ombre autour de ces yeux noisette. Kaguyahime, pense déjà à la Première qu'elle dansera demain, un ballet mi-Dieu, mi-homme. A cette heure avancée de la nuit, elle ne sait pas encore qu'un cyclone d'applaudissements se prépare, où le public debout, va rappeller mille fois son étoile!

lundi 7 juin 2010

Eternels instantanés

Woman, I can hardly express,
My mixed emotion at my thoughtlessness,

L’été d’il y a trente ans, commence par une mélodie de Lennon.
Un été jean et packman, illuminé de vingt bougies et saupoudré de grains de sable chaud. Des illusions plein les poches, dans une Europe emmurée, des livres plein la tête que la Tramontane feuillette lascivement et les mélodies de Joan Baez qu’on arpège dans la nuit, autour de patates en robe des champs que couve un nid de braises. Des petits cailloux blancs se glissent parfois dans la sandale, sur le chemin pentu qui mène aux falaises. On plonge dans l’eau claire et glacée pour remonter de petits morceaux de nacre rosé qu’on portera au cou une partie de l’hiver. La peau exhale des senteurs de verveine citronnelle, ou de chèvrefeuille, et dore comme un petit pain dans le four aux premières expositions au soleil. Un été de vingt ans banalement unique et rare, dont on suppose naïvement, qu’il va durer cent ans! Ma cinquantaine y pense encore…
Comment parcoure-t-on le chemin qui mène à aujourd’hui ? Avec quels bagages ? Qui rencontrons-nous, de quoi se charge-t-on, que laissons-nous sur le bas-côté, qu’apprenons-nous en route ? Sait-on bien où l’on va ? Mystère ! On perd parfois des compagnons en route et voilà qu’au croisement nous attend, assis sur une borne, un ami de toujours...
Philippe est devenu photographe. Ni professionnel, ni amateur, non, photographe ! Un artiste qui en libérant les perspectives, emprisonnent les émotions dans sa boîte noire. Vous, vous traversez simplement la rue pour rejoindre le boulevard, et lui, voit des géométries que le béton trace au cordeau, dans l’ombre du soir. Les pieds dans l’herbe du parc, vous regardez au loin, lui, s’accroche aux ailes blanches d’un cygne et déclenche à l’instant précis, où le cou gracile de l'animal se tord en un anneau. Il est partout, l’œil aux abois, la sensibilité à fleur des peaux pour réinventer les corps. Il se joue des ombres et se faufile dans l’entre-deux de la lumière.
Il y a comme un déchirement dans son travail photographique, une fissure dans la linéarité du bonheur, une indéfinissable craquelure par laquelle s’échappe un peu le monde, cru et sans voile.
Derrière l'esthétique absolue, les fêlures insoupçonnées; derrière la beauté des corps, l'ombre des âmes; derrière les regards, des questions... quelque fois sans réponse. Qui pause s'expose et livre sans crainte des parcelles infimes de son intime. Pas de jeu de cache-cache et pas de faux semblants, il dit l'essentiel, souvent en noir et blanc...
Trente ans plus tôt, il fredonnait Lennon:

dimanche 30 mai 2010

Problèmes techniques!

L'ordinateur est un animal ingrat, nourrissez-le chaque jour, prodiguez-lui des soins quotidiens, ménagez sa susceptibilité en ne l'injuriant qu'occasionnellement et à voix basse, caressez affectueusement ses touches délicates, pfft !, rien n'y fait, à la moindre contrariété il vous tourne les processeurs et s'en va voir ailleurs si vous n'y êtes pas! Bref, sans crier gare, il vous laisse tomber comme une vieille chaussette, en rade, basta, fini, kaput!
J'ai eu beau batailler avec ses entrailles, secouer le labyrinthe de ses composants, et implorer Saint Bill Gates de toute ma ferveur, la bête têtue ne voulait rien savoir. Elle expirait bel et bien sous l'assaut d'invisibles virus, qui lui avaient donné la fièvre et l'avaient laissé presque pour mort aux détours d'une recherche internet. L'amnésie commença alors, légère d'abord, quelques liens par-ci, quelques photos par-là, progressivement c'est sa mémoire entière qui vacillait comme un château de cartes! Un désastre, un Titanic, la retraite sans condition d'une armée en déroute! Ils l'ont emporté, presque sans vie, la mine défaite devant l'ampleur des dégâts, de la résignation dans le regard...
- vous savez on n'est pas sûrs de le sauver, c'est grave!
- je vous en prie, faites votre possible, je ne sais pas ce que je pourrais faire sans lui
- il faut attendre, on vous téléphonera pour vous donner des nouvelles. Il est dans de bonnes mains, on doit d'abord savoir ce qu'il a et ensuite on verra ce qu'on peut faire. Pour l'instant on ne peut rien vous dire.
Une fois parti, j'ai regardé la table vide, quelques légers traits de poussière dessinaient encore son ancien emplacement.
Après d'interminables jours d'attente, dévorée par l'angoisse du silence, dépossédée, isolée du monde, dans le silence et face à la noirceur profonde d'un écran sans lumière, le téléphone a retenti:
- on l'a sauvé, ça été difficile, mais on l'a sauvé! Vous pouvez remercier P.L., c'est le meilleur! Sans lui, on n'aurait pas donné cher du résultat! Pendant quelques jours faudra le ménager, le chargez pas trop et vous verrez, tout rentrera dans l'ordre!
- oh, merci, je ne sais pas...enfin vraiment...dites au Pr P.L. que je lui suis infiniment reconnaissante. Je suis contente, vous savez j'étais perdu sans lui, je ne parlais à personne, merci encore !
Il était là, posé, fragile, j'avais presque du mal à l'approcher. Puis j'ai appuyé sur le bouton, à droite... En quelques secondes à peine, il était revenu, comme avant, un peu plus fort peut-être, plus rapide aussi. Il a clignoté de toutes ses lumières et je crois qu'il m'a sourit!
Veuillez donc m'excuser de ce si long silence, D430KW 2335EB569 dit ZZQ76543 était bien malade !

mercredi 12 mai 2010

Mdina, la silencieuse


Passé le porche, où piaffent les chevaux des carrioles, voici dans le matin déjà inondé de soleil, Mdina.
La forteresse silencieuse, labyrinthe de ruelles étroites où les murs si hauts des maisons laissent à peine un carré turquoise au dessus de nos têtes.
Mdina, la silencieuse, qui étouffent dans la pierre , les verbiages lointains des touristes en goguette.
La Cité, érigée sur les vestiges d’une ville phénicienne et romaine appelée Melita, était la prospère capitale de Malte au cours du IXème siècle. C'était la plaque tournante de toutes les activités commerciales et administratives. Les Arabes, qui dominèrent le pays jusqu’au milieu du XIIIème siècle, construisirent de nouvelles fortifications et la rebaptisèrent Medina. Elles protégeait alors, les îliens contre les attaques des barbares le long de la côte.
Atmosphère unique, mystérieuse qui vous envahit lorsque vous flanez dans le dédale des rues étroites, ou sur les remparts de la ville.
Mdina ensorceleuse derrière ses portes closes, aux heurtoirs si travaillés.
Palais et églises rivalisent d'une sensuelle beauté.
Citta Notabile, la cité noble, où les chevaliers reposent sous des dalles de marbre qui disent leurs hauts faits pour l'éternité.
Juchée sur un plateau de 150 m, elle domine un panorama immense qui s'étend jusqu'à la mer, j'écoute le silence de la ville mémoire.
Demain les 3 citées, Vittoriosa, Senglea, Cospicua, où s'installèrent les premiers chevaliers de l'Ordre. Ils vont s'avèrer être de fabuleux bâtisseurs et les témoignages de ces édifices sont présents partout.
Alors, à demain !

mardi 11 mai 2010

La Valette nous voilà !

Mon ordinateur n'aime pas les voyages, il s'emmêle les connexions, et les changements lui donnent des boutons (un comble!). Veuillez pardonner ce silence forcé.
La Valette nous voilà! Premier contact avec la conduite à gauche, le plus difficile étant le reflexe naturel qui vous pousse à chercher le levier de vitesse sur la droite!
Valetta est la capitale de Malte, où l'histoire de l'ordre des chevaliers, s'inscrit dans chaque pierre. Ville forteresse, ses ruelles en pente, descendent vertigineusement vers la mer d'un bleu sombre où se croisent les ferries qui mènent vers l'île de Gozo.
- Bonjou, yek yodje, fein ou marsa?

- Bonjour, s'il vous plait où se trouve le port? Les maltais sont aimables et font même un bout de chemin pour retrouver le vôtre.

Le vin est un délice, sur tout l'Antonin, un vin rouge fruité, mélange de cépages Cabernet franc, Cabernet Sauvignon et Merlot.
Au départ de City Gate, à l'entrée des remparts, un ballet d'autobus multicolores s'enroule autour d'une superbe fontaine.
Dimanche la ville s'est transformée en circuit automobile, des Austins, des Jaguars et des Alfa Romeo des grandes heures des 24h du mans se sont données rendez-vous pour le rally de Valetta, suivi d'un concours d'élégance, où Rolls Royce et Demler d'un autre âge rivalisent de chromes étincelants et de cuirs cirés.

Dans les rues, les voisines échangent les nouvelles d'un balcon à l'autre, tandis qu'une ménagère qui revient du marché appelle "l'ascenseur Maltese", pour remonter ses courses.
On se presse pour admirer la toile extraordinaire du Caravage, dans l'oratorio de l'église St Jean : la décapitation du Baptiste, à voir!
Demain viste de Mdina, "la silencieuse" citadelle fortifiée, perchée sur un piton rocheux, ancienne capitale de Malte.

mercredi 5 mai 2010

Pure Malte !

Il est né à Lavalette, sur l'île de Malte, d'un père originaire de Cornouailles, marin dans la Royal Navy et d'une mère gitane de Séville. Corto Maltese...
Rien que son nom me fait rêver, du coup j'ai affûté mes valises à nouveau.

Demain, destination Malte!

Déjà, j'entends, l'écho lointain d'un cliquetis d'armure. Voici qu'arrivent des temps anciens, les chevaliers de l'Ordre Hospitalier et Militaire de St Jean de Jérusalem ! Charles Quint, en 1530 leur concéda « en fief perpétuel, noble et franc, les villes, châteaux et îles de Malte et Gozo avec tous leurs territoires et juridictions » .
J'arriverai demain en milieu de journée à Lavalette, sa capitale.
En passant je souhaite faire un petit clin d'oeil à Eric LaVALETTE Band, un groupe à découvrir absolument !
Vous pourrez comme toujours suivre mon carnet de voyage sur ce blog ...
- Avoue qu'c'est quand même une drôle d'heure pour arriver, surtout de ce temps là
- Ah! les voyageurs c'est fait pour voyager, le temps n'a rien à voir là-dedans !
Michel Audiard, Un singe en hiver

mardi 4 mai 2010

Sorcières

Les sorcières n'aiment pas aller au bal ! Cette phrase s'est subrepticement glissée dans ma tête ce matin, comme une petite souris malicieuse dans la plinthe d'un mur. Pourquoi? Les dieux seuls le savent !
Normalement, on évoque le bal des sorcières, qui réunit les soirs de lune pleine, un bataillon de nez crochus montés sur balais et tournoyant autour d'un vieux chaudron dans la clarté blafarde. Alors, allez me dire pourquoi ma cervelle s'est mise à ruminer cette phrase aussi étrange?
Qu'importe, parlons sorcières, voulez-vous?
Le mot sorcières, en français, dérive du latin sortarius: diseuses de sorts . Elles fricotent avec les forces obscures, et opèrent grâce aux maléfices, qu'elles puisent dans leurs grimoires, remplis de recettes d'élixirs, de rituels, d'amulettes et de grigris. On raconte que l'on voit beaucoup de sorcières, la nuit de la Saint Jean. Au matin, les forces de la terre sont à leurs apogées, les plantes puisent le maximum de cette force dans leurs racines. Pour les cueillir, elles vont le ventre vide et cueillent les 7 sacrées: l'armoise, la joubarbe, le lierre terrestre, la marguerite, le millefeuille, le millepertuis et la sauge.
Mystérieuses par leur savoir, respectées pour leurs connaissances, craintes à cause des énergies inconnues qu’elles manipulent, elles parcourent la lande et les forêts de ronces et nul ne les approche dans ces lieux impossibles!
Les voici, juste au dessus de vos têtes, vrouuuuuu ! Elles volent en rase-mottes pour rejoindre le sabbat. Bouillez et écumez la soupe maléfique ! Oeil de salamandre, langue de couleuvre pilée et aile de hibou réduite en purée... Elles planent dans la tempête et vont d'un train d'enfer... Leurs manteaux noirs jouent avec les ombres, et leurs chapeaux pointus dressent vers les étoiles une forêt de cônes noirs. Regardez, elles ricanent, l'oeil acéré et les cheveux de cendre dans le vent!
Quelles maléfiques incantations ont-elles donc murmurées dans leur barbe pour que me viennent ainsi ces idées folles sur un balais?
Ah, Ah, petites échevelées, en me regardant dans la glace, ce matin, m'est venue une idée, les sorcières n'aiment pas aller au bal car elles détestent être décoiffées !

jeudi 22 avril 2010

A couper le souffle !

La mer à ailes déployées, un radeau arrimé à un cargo rouillé... l'un dévale la colline, l'autre s'enfonce dans la transparence bleutée. Il frôle la carcasse, il en guette les contours, il glisse à tribord en caressant la carène, il inspire et d'un coup de rein plonge... la dentelle de ferraille lui dessine une porte et le faisceau de sa lampe m'aveugle. Il s'insinue par l'ouverture en dessinant les ombres, il passe de l'autre côté de la lumière. Sa torche dessine un nom, tandis qu'à la surface on négocie encore.
La mer, comme un architecte patient, a tracé un dédale où un Thésée de néoprène, abandonné d'Ariane, s'invente un fil conducteur. Il m'entraîne. Il tarde à faire surface, dehors, on en finit pas de regarder la montre, où les aiguilles traînent les pieds pour faire le grand tour.

Déjà 2'50 que je retiens mon soufle dans les méandres de l'épave, je n'ai jamais plongé aussi longtemps. La lueur rampe sur des passerelles de métal, grimpe le long des portes de sas et se perd dans la cale. Mes tempes jouent du tambour, mon coeur s'embouteille sur les grandes artères, chaque centimètre de mon corps aspire goulument l'ultime parcelle d'oxygène, mes yeux tirent les rideaux, respire, respire ! Mais quoi? je n'ai plus rien à inspirer, juste garder de quoi remonter... Je ne tiendrai pas.

2'56, il hisse un corps, lourd comme les semelles de plomb d'un scaphandrier qui ne rejoindra plus la surface... Impossible de continuer, je suffoque. Remonter, tout de suite, vite, à bout de souffle, encore perdu... Lui, il est resté.

3'21, il refait surface, ses lèvres dessine le O d'oxygène, il aspire lentement, il a encore gagné ! Sur le radeau ils sont médusés !

J'ai passé et repassé cent fois cette scène du Grand Bleu, je n'ai jamais pu relevé le défi. Entraînée, chronométrée, mentalisée, je suffoque toujours au bout deux minutes à peine, et encore les jours où je tiens la forme !
Luc Besson me met au défi depuis 22 ans !
Essayez d'affoler Chronos en retenant sa respiration, impossible! A moins d'être un champion.
La voilà, la goutte de génie qui fait déborder l'Océan des talents : Luc Besson nous oblige toujours à l'improbable : voir le métro faire surface, s'enticher d'un tueur amoureux d'une plante verte, câliner une machine à tuer, entendre le chant d'une gorgone, sauter à pied joint dans une bande dessinée!
Au diable les grincheux qui ruminent leur ennui à la surface et se contentent d'un bocal, pour faire tourner en rond leur manque d'imagination.
A l'impossible Luc, lui, est tenu ! Lorsqu'il vous tient, il ne vous lâche plus.
Qui l'aime le suive, pour rejoindre d'autres Mondes. Laissez vous faire, lâchez le filin, juste un instant et là, accroché à l'aileron de son talent, aspirez profondément et prenez le grand large...
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