dimanche 29 novembre 2009

Imagine

Un peu avant 23 heures le 8 décembre 1980, après une soirée de travail en studio John Lennon rejoint son appartement, à côté de Central Park avec Yoko Ono. Un homme s'approche, et interpelle John, « M. Lennon ! » , puis l’abat de cinq balles de revolver. Lennon titube vers le portier et déclare : "je me suis fait descendre!". Ce jour là Mark David Chapman a fait plus que d'abattre un homme, il l'a rendu immortel! Ce soir de décembre, John Lennon n'est plus le chanteur des ex Beatles, il devient une légende.

La biographie de Philip Norman est une somme, il passe au crible les détails, les habitudes, et tente de comprendre les processus de création de Lennon. Il décrypte la genèse de ses chansons, de ses idées... L'auteur rentre à pieds joints dans cette vie, il en sonde les moindres recoins, fouille les tiroirs. Il revient sur des lieux désertés, croisent des visages oubliés. Il recolle un à un les fragments éparpillés. Au fil de l'enquête, il veut savoir, tout, il veut tout dire, ou presque.

Alors, direz-vous ? Existe-t-il encore un espace pour l'intimité? Reste-t-il des lieux, des objets, des images de l'intimité? Le canadien Robert Blandin, écrit que dans une musique, c'est l'ensemble mystérieux de l'intimité des mesures et du secret des notes qui attire et nous charme. Pourquoi cherche-t-on à trop savoir, à trop comprendre? Une fois parti, que lira-t-on entre nos lignes?

Journaliste à la radio, je posais toujours la même question à mes invités: "qu'aimeriez-vous laisser de vous?". Ils restaient déconcertés, ils cherchaient, hésitaient, souvent un sourire au bord des lèvres, ils finissaient par me répondre: une pierre ramassée au bord d'un chemin jonché de coquelicots, une montre en or déjà transmise depuis plusieurs générations, un livre, une chanson, un bon souvenir... pour nous aidez à comprendre, nous aider à ne pas se faire oublier. Un cadeau de l'intime, une confidence, la liberté de soi, juste avant une confiance accordée au présent. A chacun de donner son seuil d'accessibilité.

J'ai refermé la biographie, laissé Lennon regarder le monde derrière ces petites lunettes rondes, et chanter : "Nous resplendissons tous, comme la lune et les étoiles et le soleil...»

jeudi 26 novembre 2009

Brrrr....!!

Je me souviens du jour où j'ai pris cette photo. La nuit avait laissé traîner une couverture de givre sur tous le bois. D'un monticule de feuilles mortes, mises en tas à la hâte par le jardinier, sortaient des fumerolles, telles les vapeurs des naseaux d'un dragon endormi. Mes semelles de crêpes crissaient sur l'herbe blanche. Les arbres entrelaçaient leurs branches dénudées pour se réchauffer un peu. L'hiver, à grands traits, cherchait à effacer le flamboyant automne, en choisissant sur sa palette toutes les nuances de gris. Je me rappelle du silence lourd que seul venait troubler, le croassement grave de deux corneilles enrhumées. Troublant hiver, qui me saisissait sans crier gare! Je suis sortie, Canon en main, pour l'attraper et l'enfermer dans ma petite boîte noire. Pensez-vous, le bougre ne se laissa pas prendre au piège, il me décocha une des flèches dont il a le secret. A peine dehors, il jeta sur moi une rafale glacée, qui me laissa comme pétrifiée. Les joues brûlées, le souffle court, je remontais mon cache-nez et jouais l'effrontée, je poursuivais ma route dans la bourrasque. Le scélérat reprit de plus belle, me pourfendant d'une lame glacée. En rabattant mon col, je cherchais à porter l'estocade, je rajustais mon bonnet, mine de rien, et brutalement, j'ajustais l'appareil. L'onglet paralysait mes doigts en tentant de faire une mise point, la buée opacifiait le viseur. Le coquin s'engouffrait sous mes jupes. Le froid s'intensifiait brûlant la pointe de mes oreilles, je l'entendais siffler de rage. Un blizzard tournoyait en me lançant de sauvages ruades, les feuilles tremblantes, emportées dans une tempête, s'en allaient mourir ailleurs. De petits cristaux de gel perlaient à mes cils, mes os dansaient une gigue effrénée. J'ai retenu mon souffle, en un éclair, j'actionnais le déclencheur et emprisonnais l'impudent au fond d'une chambre noire. Tel est pris qui croyait prendre.
Ce matin, en regardant par la fenêtre, j'ai vu une lueur grise et pâle pointer au petit jour. Le carreau de la vitre était glacé. J'ai refermé les rideaux et me suis glissée voluptueusement sous la couette. Que voulez-vous on n'a pas tous les jours l'étoffe d'un héros!

mercredi 25 novembre 2009

Glenn Gould, une météorite!

"Glenn Gould est un être traversé par la perfection musicale". Le pianiste canadien, en quête d'esthétique et de son, n'est rien moins qu'un homme fait de musique. Habité, l'âme à fleur des doigts, il martèle une vérité oubliée, l'esthétique de l'absolu.

Cent fois, mille fois il revient sur cette même phrase de Bach, jusqu'à en extraire la beauté essentielle. Alors, la pureté, épurée de romantisme sirupeux, atteint le sublime! Isolé dans sa musique à en perdre le sens de l'autre, emmitouflé dans un éternel manteau gris, et ganté de mitaines de laine pour empêcher que la froideur du monde ne le pénètre, Glenn Gould part en quête, aux frontières de la perfection.

Glenn Gould lit, pense, dessine, écoute le pouls de l'univers et en restitue les épures, à traits rapides et sans fioritures. L'insolent Gould ose préférer le studio à la scène, comme un sculpteur il travaille la matière musicale. On pense à Camille Claudel dans son atelier, malaxant la glaise d'un geste fébrile et inspiré. Gould déconcerte, le comble pour un pianiste! Des manies, des rituels ponctuent ses enregistrements ou ses concerts. Il chantonne en jouant. Le nez plongeant au dessus des touches, Glenn se torture le dos, assis sur la même chaise aux pieds sciés, un siège délabré qu'il trimballe partout comme un ourson en peluche. Glenn bat la musique, quand il a une main libre, comme s'il était musicien et orchestre.

Que s'est-il passé chez Gould au moment de l'exécution de ces Variations Goldberg? Qu'a-t-il changé dans l'écoulement du temps pour qu'il s'arrête? Gould renverse le tempo, ignore le legato sacrilège, il fait renaître l'oeuvre au lieu de l'executer ! "Une météorite qui traverse la planète" .

Longtemps

J'aime Erik Orsenna. Amoureux des histoires et des mots, chacun de ses livres est une gourmandise, une mignardise sucrée dont on ne fait qu'une bouchée, les après-midi de novembre venteux, à l'abri du bruit du monde, dans un salon de thé cossu.
L'académicien à l'allure friponne jongle avec les adjectifs, dessine un double back au trapèze grammatical, dresse chaque épithète sur ses pattes arrière et en équilibre sur les conjonctions de coordination fait sortir de son chapeau le plus improbable des subjonctifs.
Si sa "grammaire est une chanson douce", Orsenna est aussi un merveilleux conteur. Connaissez-vous LONGTEMPS ?
Il était une fois Gabriel, un homme marié et fidèle. Pour fuir les tentations, il se consacrait exclusivement à son métier de paix et de racines : les jardins.
Par jour de grand froid, une passion arrive à notre Gabriel. Elle s'appelle Elisabeth, c'est la plus belle femme du monde. Hélas, deux enfants l'accompagnent et un époux l'attend : commencent le miracle et la douleur de l'adultère durable. Non les frénésies d'une passade, mais trente-cinq ans d'un voyage éperdu à Séville, Gand et Pékin.
Ce livre est une ode à la patience, au temps qui passe sans effrayer, un croc en jambe à tous les grincheux qui pense que l'on a tout sans rien! Il y a l'Amour dans ce livre, tout l'amour, celui qui vous fait courir à perdre haleine sous la pluie et celui qui vous cloue sous la couette le noeud au ventre. Un parfum est resté, là, sur l'oreiller, un rendez-vous joue à cache-cache. Le botaniste est amoureux, il aime les jardins parce qu'ils bruissent d'histoires qui depuis l'enfance l'arrachent de lui-même. Gabriel, ou Orsenna, allez savoir, savoure les étreintes et les "phalanges nomades" sur sa peau. A chaque retrouvaille, il meurt de trac, puis des milliers de Gabriel volent en éclats légers au petit matin. Il était une fois Gabriel, assis sur un tabouret blanc, au milieu d'une maison qui se vide. Gabriel a trop mal. Vainqueurs? Le sentiment, la durée et la constance. Tel fut cet amour illégitime qui donna naissance à un très beau roman.
Bienvenue sur l'archipel d'Orsenna : www.erick-orsenna.com

mardi 24 novembre 2009

Souriez !

Le tablier impeccable, les cheveux plaqués à l'eau de Cologne, débarbouillée à la hâte au grand lavabo sous le préau, c'est le grand jour de la photo!
On se serre sur le banc du fond, où l'on peine à tenir l'équilibre. Devant, les petits fatiguent à force de croiser les jambes, la religieuse lisse son voile, le photographe s'impatiente. On ne bouge plus, souriez! Clic, clac, l'affaire est dans le sac.
A cet instant précis, le temps vient de s'arrêter. L'enfance laisse là, une empreinte indélébile. Quelques semaines plus tard, lorsqu'on reçoit l'épreuve, on jette un oeil avide pour voir comment on se trouve, puis on la met de côté. Sur le moment, on ne sait rien du temps qui passe...
Pourtant, sur la photo tout est dit, ou presque. Les timides essayent de regarder l'objectif sans rougir, les arrogantes gonflent le torse, les rebelles lancent un défi dans une oeillade, les coquettes minaudent et les premières de la classe continuent de rentrer dans le moule. Il y a des riches qui ont un col dentelle qui pointe sous l'uniforme, des crèves la faim aux joues plus émaciées, et une nonnette fière de sa couvée.
Plus tard, à l'heure des premiers cheveux blancs, quand il est encore temps de regarder en arrière, on ressort la photo en noir et blanc, mais on n'a noté aucun nom. Celle-ci , voyons, son père avait une épicerie, elle avait toujours des bonbons, attendez, je l’ai sur le bout de la langue, Hélène, Hélène… non décidément, on a trop cru en sa mémoire. Puis on se met à rechercher ses compagnes de classe, pour retrouver, dans ces petits morceaux d'enfance partagée, les signes de sa propre histoire. On s'est perdue de vue, on se reconnaît à peine, mais on ne veut pas rompre le fil ténu qui peut encore nous ramener en arrière... Les heures à regarder plus loin que la fenêtre, les sauts à la corde dans la cour de récrée, les dictées lentes et monocordes, les cercles de craie tracés de main de maître , les divisions à quatre chiffres et nos ancêtres si gaulois. Les confidences, échangées sous le platane de la cour, reviennent comme l'écume du ressac et les serments d'amitiés éternelles bien enfouis six pieds sous terre. Mais la photo est là, laissant à portée de main, les rouleaux de réglisse, les plumes sergent major, les encriers de porcelaine et les départements dont on connaît même les préfectures. Nous ne frémissons plus de trac, derrière le rideau de velours, les derniers jours de juin. Nous avons oublié les vers de Molière.
On a beau l'enfouir dans son coeur, il reste toujours quelque chose de l'enfance, toujours.

mercredi 18 novembre 2009

Métropolitain

J'aime la descente dans le métro parisien. L'odeur des freins surchauffés, les parois luisantes de céramique blanche, le glissement à peine saccadé de la rame, à l'intérieur du noir tunnel... La valse triste d'un accordéon qui s'engouffre à l'ouverture des portes, l'énumération encyclopédique des stations de Nation à Dauphine: Jaurès, Philippe Auguste et Alexandre Dumas.
Tout au long du périple, j'imagine parfois, les milliers de mètres cubes de déblais évacués pour construire la première ligne, les armées de terrassiers s'affairant comme des fourmis, les chantiers ouverts partout, les tracés sous la Seine, les premiers trains avec des sièges en bois pour les secondes classes et des sièges en cuir pour les premières, le ticket à 15 centimes et sur lequel on notait parfois, un rendez-vous ou un prénom...

Un couple s'adosse à la portière. Les corps se frôlent. Au suave balancement de la rame, les amants du métro mélangent leurs haleines aux arômes suaves de café noir du matin. Amourette en six stations. Les mains se cherchent, les regards s'éternisent... Une boucle sombre, brillante comme une châtaigne, s'échappe d'un béret de laine couleur de prune, sur le front. Avec tendresse, la main blanche, longue et prévenante de l'homme, replace la mèche rebelle. Elle, les joues piquées de rose des premières fraîcheurs de novembre, ferme les yeux pour s'imprégner de la caresse furtive, et rougit de plus belle. Le grain de beauté, posé comme une minuscule semence de blé, au dessus de la lèvre, frémit imperceptiblement. Les hanches chaloupent au détour d'un virage, et tanguent encore quand le train ralentit. Les amants savent, sans doute, instinctivement, le temps que peuvent durer ses amours souterraines, ils en savourent chaque seconde, avidement. Sans peur aucune des amours mortes, sans hésiter, ensemble, ils descendent à la station du Père Lachaise.

mardi 17 novembre 2009

Bientôt un second livre !

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Voilà plus d'un an et demi, qu'avec la patience d'un apothicaire consciencieux, je travaille à mon prochain livre. Il est maintenant terminé et les Editions Ixcéa feront à nouveau partie de l'aventure. Si le premier recueil était une compilation de chroniques, parues chaque semaine dans la presse, le second est plutôt un recueil d'histoires courtes. Des rencontres, des atmosphères, des voyages, des souvenirs d'enfance et des Hommes, tissent la trame de chacune des histoires. Des hommes célèbres et inconnus se croisent entre deux pages. A Bucarest, le Conducatore agite une dernière fois la main, les vendeurs grecs ruissèlent de désir dans les villages de Santorini tandis que sur une plage espagnole, un enfant construit d'étranges châteaux de sable, le Che, lui, danse une Habanera...

Vous étiez déjà nombreux au rendez-vous de Viento, et je remercie d'avance ceux qui voudront, à nouveau, entamer la traversée à bord de mes histoires.

lundi 16 novembre 2009

Le complot des franciscains...

A la veille de sa mort, le frère Léon, fidèle compagnon de François d'Assise, désire soulager sa conscience. Dans une lettre d'adieu sibylline, il exhorte son jeune disciple, l'ermite Conrad, à éclaircir les mystères qui ont suivi la disparition de saint François, en 1226. Les soubresauts de son enquête vont mettre à rude épreuve le courage et la foi de frère Conrad. Avec pour toile de fond l'Italie du XIIIe siècle, ses intrigues de pouvoir et ses violences diaboliques, ce roman palpitant propose une hypothèse passionnante et étayée sur le destin d'un des personnages les plus importants du monde chrétien.
Telle est la trame d'un policier passionnant : Le complot des franciscains de John Sach.
Nous sommes à Assise, dont la basilique superpose sous le ciel d'Ombrie, deux églises, deux époques, deux mondes. Assise, lumineuse et élancée qui abrite les fresques de Giotto.
Là, les Franciscains voulaient quelque chose de grandiose, qui n’avait jamais été réalisé nulle part, pour retracer l'histoire de St François, fondateur de l'ordre, dont les anciens habitants se souvenaient encore. La Portioncule, St Damiens, Gubbio... frère Conrad suit les traces du saint homme et celles de ceux qui l'ont côtoyé. L'époque est âpre, féroce même, et sans merci pour les plus faibles. Les complots sont omniprésents, et l'Eglise prise dans un étau, entre voeux de pauvreté et soif de pouvoir. On traverse de longues étendues à cheval, dans un froid mordant, puis l'on bascule dans de sordides cellules où croupissent injustement des assoiffés de vérité. Les personnages croisés portent robe de bure ou pourpoint enrubannés, les jurons claquent dans les ruelles tandis qu'une lancinante psalmodie monte de l'un des couvents. Les épées s'entrechoquent tandis que les plumes des scribes crissent sur les grimoires. Le feu crépite et le gel craque, l'énigme devient de plus en plus opaque tandis que la lumière du soir tombe sur les collines. Des femmes se signent devant la cheminée et des messages se croisent sous les remparts, frère Conrad guette les signes et aux premières lueurs de l'aube, relit encore les écrits du Poverello. Ermite, marchands et chevaliers, moines et charretiers, gente dame et rameur de galère, le XIIIème siècle prend visage d'hommes... et de femmes. Un polar médiéval au coeur de la tourmente qui secoue, en ces temps troublés, l'ordre franciscain et toute la chrétienté.
Frère François disait :"Commence par faire le nécessaire, puis fait ce qu’il est possible de faire et tu réaliseras l’impossible sans t’en apercevoir".
Le petit pauvre d'Assise l'a inspiré, John Sach a écrit un très bon livre.

Automne...

"Rien de pire que de souffrir d'une dépression nerveuse en pleine automne, l'automne est une circonstance aggravante".
Pas d'accord avec ce bougon que chagrine novembre! Cette saison me redonne le sourire.

Août, suffocant, lourd des désirs des corps gorgés de soleil. Les paupières, fatiguées de nuit trop longues, s'ourlent de mauve. A la fin des étés lascifs, stridulent encore quelques cigales retardataires sous l'oeil navré des laborieuses fourmis qui sentent pointer un hiver plus rigoureux. Nostalgie de la fin d'été où les plagistes rentrent les derniers parasols, des grains de sable s'échappent d'espadrilles oubliées, les maisons désertées claquent un volet au vent du nord, comme on soufflette un gougeât. Il n'y a plus dans l'air, cette fragrance de beurre de karité, mélé de vanille, juste la légèreté iodée des embruns de la mer. La fin d'été est une circonstance aggravante pour qui espère que revienne juillet, avec les tables blanches sous les figuiers, les lampes tempêtes où viennent mourir d'imprudentes phalènes, et les robes de coton légères que le Cers taquin, soulève sans rougir. Oui, à cette bascule des saisons, ni l'été ni vraiment l'automne, une tristesse sourde se glisse en moi, fugace comme un lézard surpris dans son sommeil.

Alors qu'une vague mélancolie semble vouloir s'installer, la chute d'une feuille jaune, lente et courbe me fait sortir de la torpeur. Le sol se couvre peu à peu d'un patchwork d'ocre et roux qu'aucun fuseau de laine ne saurait égaler. Les majestueux liquidambar se parent de nuances rouges écarlates, même ses rameaux s'entourent de pourpre foncé, les érables flamboient de teintes cuivrées, des marrons d'inde roulent dans leur bogue verte, où l'on entrevoit une robe sombre et brillante. Le soleil se fait plus tendre, et le sol plus moelleux sous les pas.

L'automne enrobe toute chose et nous prépare, dans la douceur, aux rigueurs acérées de l'implacable hiver.

Ce temps de l'année et ce temps de ma vie s'enroulent et se confondent. Tout y est plus intense et plus fort. Les sens en éveil, s'attachent à l'essentiel. Les promenades solitaires, où seule une brume légère vient vous tenir compagnie, des senteurs de fougère, l'enfance qui vous fait tracer de longs sillons dans le tapis de feuilles. Des souvenirs se ramassent à la pelle...

J'aime la lengueur de l'automne et sa beauté puissante, cette force sourde qui allège les arbres et souffle à nos visages une fraîcheur nouvelle. Bel automne qui me fascine et m'empêche de regarder l'été resté loin en arrière. Alors, sur ce banc droit, où pointent quelques échardes, à la chaleur du dernier soleil, j'attends en regardant toutes ces merveilles, que viennent s'installer l'hiver.

dimanche 8 novembre 2009

Y'a pas de mot...

Y a pas de mot,
Plus doux, plus fort, plus chaud - Que ton regard amoureux
Y a pas de mot pour être heureux .Y a pas de mot
Pour dire tout ce que je vois briller au fond de tes yeux
Y a pas de mot pour être heureux
Viens ma fleur, mon bel arbre de vie, plonger tes racines au coeur
De ma terre assoiffée d'ombre, de silence et d'infini...
Ces paroles d'une chanson d'Higelin me sont revenues en mémoire. Y'a pas d'mot...
Un joli titre pour un blog. L'essayer c'est l'adopter... et Image et mot existait déjà, alors...
Alors Y'a pas d'mots, parfois une simple image. Le soleil qui taquine un pan de toile de jute, oublié au vent sur un chantier, à Ubeda.
Ce jour d'octobre, doux comme le miel, une lumière blonde se lovait dans chaque interstice de la pierre. Où que vous marchiez, le regard s'accrochait sur une pierre d'angle, la sculpture d'une fontaine, l'arche d'une porte...un musée à l'air libre et des accents italiens venus de la Renaissance.

Nous sommes en 1591, un saint homme poête et mystique, vient de rendre l'âme d'une fièvre maligne, dans un couvent d'Ubeda: Saint Jean de la Croix. Doña de Mercado et son frère Don Luis, qui avec le défunt avaient contribué à la construction du couvent de Ségovie, conçoivent le dessein d'y transporter le corps du saint homme. Ils s'attendent à une opposition vive de la part des moines et de la population d'Ubeda. On envoie donc, secrètement un alguazil de ville (officier de police), avec ordre de déterrer le corps et de le transporter à Ségovie. A la nuit, l'homme s'enroule dans une cape noire et dans toutes sortes de mystères. A l'heure où les moines cherchent le repos, avant que sonnent les laudes, l'alguazil fait ouvrir le sépulcre où on a placé le corps, neuf mois plus tôt. L'officier abasourdi, découvre le corps intact, frais et entier: " il exhalait de la dépouille une odeur si suave, qu'on renonça à l'enlever, le parfum eut dénoncé le larcin...". on se contenta de le couvrir de chaux et de terre en attendant de pouvoir le déplacer.

Les mois passent, huit, peut-être neuf, l'alguazil revint à Ubeda, toujours avec les mêmes instructions: transférer le corps de Jean de la Croix. Cette fois le cadavre semble plus sec mais toujours cette odeur suave se répend dès l'ouverture. Il prépare une caisse, la plus petite possible et y place le corps. Encore une fois, dans le silence de la nuit, l'alguazil se glisse comme une ombre, hors de la ville. Avec son escorte, ils prennent les routes autour de Jaen, loin de la grande route de Madrid, préférant des sentiers déserts aux heures les plus calmes de la nuit.

Au moment même de l'enlèvement, un moine se réveille en sursaut, couvert d'une sueur moite et acre qui aussitôt lui glace le dos. Une voix puissante, venue de nulle part, comme suspendue, remplit sa cellule austère : " lève-toi, on enlève le corps du bienheureux Jean de la Croix ! " . Effrayé, mais sûr que cette voix le guide, le moine court vers l'église prévenir le prieur qui garde la porte et lui ordonne le silence. L'alguacil enlève le corps sans être inquiété. Une fois sur les routes, au sommet d'une crête rocheuse, une apparition étrange, un homme baignant dans la brume ordonne au convoi de rapporter le corps de Jean. Terrorisés, les cheveux dressés sur la tête, l'alguazil et sa garde se regroupent autour de la caisse, entourée d'une auréole lumineuse couleur d'opale. Ils reprennent courage près de la précieuse relique et chevauchent de plus belle sur la route, pour rejoindre en hâte Ségovie.
A peine connu la nouvelle de l'enlèvement, la population d'Ubeda rentra dans un immense émoi, tristesse et colère anime chaque habitant. Les représentants de la ville en appelle à l'arbitrage papale : " qu'on nous rende le corps de notre bienheureux Jean de la Croix! ". Ségovie ne cédait pas, le pape dans l'embarras, dû trancher. On se prononça en faveur d'Ubeda, et l'évêque de Jaen fut chargé d'exécuter la sentence. Segovie ne s'en laissa pas conter, Ubeda mobilisa ses partisans. Les villes, à cran, ne cédeaient pas d'un pouce. D'invectives en violence, on se demandait alors jusqu'où pouvait mener cette folie partisane.
Jusqu'à ce qu'on décidea, sans scrupule, de satisfaire les deux parties: on coupa le saint en deux!
Y'a pas d'mots, non, y'a pas d'mots !
Merci à Antoine de Latour pour son livre sur l'histoire de l'Espagne édité en 1855



samedi 7 novembre 2009

Promenade...

Les chênes étalent leurs ramures dans le soir qui tombe. Les chiens, pressés, truffes au vent, sont à l'affût de la moindre senteur. Le plus vieux va en tête, ses poils couleur de caramel se confondent avec le sentier. Les deux autres, noirs comme les réglisses de mon enfance, suivent, jeunes et fougueux, sans jamais le dépasser. Ils rebroussent parfois chemin en galopant et se jettent sur moi. Leurs museaux embaument le romarin. Près de la rivière presque à sec, j'ai retrouvé le buisson d'immortelles. Les fleurs comme de minuscules soleils séchés, laissent sur les doigts, une odeur forte de curry.

A l'heure d'hiver, il n'est que cinq heures, mais déjà la lumière inonde de mauve les troncs noueux et les chardons. Les collines sévillanes se préparent pour la nuit. Elles passent un châle sombre sur leurs épaules, et laissent à leurs pieds quelques touches d'ocre. Très haut, dans le ciel griffé d'un soleil orange qui s'attarde, un avion trace une ligne cotonneuse et droite. Nul voyageur ne peut voir de là haut, une femme, seule, qui marche, entre chiens et loups.
J'aime ses promenades dans un automne qui semble ici, si différent. Pas de tapis de feuilles mortes qui crissent sous les semelles de crêpe, ni de cèpes enfouis sous la mousse, pas de fougère non plus, dans les sous bois. Les chênes centenaires, jettent discrètement sur leurs racines un manteau de glands charnus et verts, que les cochons en liberté, engloutissent bruyamment à longueur de journée. On voit sur le chemin, les traces en demie lune de leurs pattes. Tout proche, deux taureaux se battent, entrechoquant leurs paires de cornes comme deux lutteurs s’empoignant sur un tatamis. Une poussière ocre dissimule un instant les combattants. Le plus lourd, le pelage couleur de châtaigne, n’a laissé aucun pouce de son territoire, il redresse son cou fort et musclé et dégage l’armure de ses cornes dressées vers le ciel. L’autre, noir comme le jais s’éloigne, vaincu, en balançant une tête penaude.

Le vent se lève, par bourrasque, presque froid mais en même temps suave. C’est une étrange et rare fraîcheur sur le visage, une caresse brusque et lascive à la fois, qui joue avec les mèches de cheveux et soulève, impudique, les pans de ma veste de laine. Les chiens fatiguent un peu et tirent la langue en attaquant la dernière côte. Juste après, la maison, halot de blancheur dans le soir violine. On a déjà allumé les deux lanternes. Les jasmins exhalent d’entêtantes senteurs d’été en ce début novembre. Je crois que je vais rentrer…

jeudi 5 novembre 2009

Oh !



Tous ceux qui un jour ou l'autre ont eu ces cartes dans les mains ont dit : "OH!".

OH est un jeu d'exploration intérieur, qui dépasse toute classification et réserve bien des surprises. On peut jouer bien sûr, à plusieurs, ou simplement seul et se laisser surprendre par la fascination d'un tirage . Ces cartes associent mots et images pour provoquer en nous une réaction, toujours en rapport avec notre état d'esprit du moment.

Ici pas d'oracle, pas de boule de cristal, ni de bonne aventure. Juste l'art et les mots, qui ensemble ouvrent une porte sur de nouveaux espaces. A vous d'écrire cette nouvelle page. Place au spontané, à la créativité. Comme l'explique les créateurs des cartes " ce ne sont pas les cartes qui disent quelque chose, mais bien nous qui nous disons quelque chose à nous même, utilisant les cartes comme catalyseur."

Penché sur les cartes, les images, les métaphores fusent. On peut, dans une ambiance calme et apaisée, écouter ses amis... L'échange prend alors toute sa force.

Parfois, au soir qui tombe, Glenn Gould égrenne une fugue de Bach, je me prends à faire un tirage, une carte mot, associée à une carte image. Ne rien empêcher, laissez filer ce que la raison veut à tout prix retenir. Tiens, je m'essaye devant vous, je tire une carte mot : JEU, une carte image : un semeur passe sur un champ, lançant aux quatre vents de minuscules graines sombres. Il porte un chapeau de paille blonde.
Le jeu et les semailles... j'ai joué à lancer ces quelques graines de mots à tous vents et que récolterai-je?, comment seront les moissons? Du jeu au je il n'y a qu'un pas, que le semeur (se meurt?) sème (s'aime) sans compter.
Sous ce chapeau de paille que voile un soleil ardent, l'homme avance, avec la régularité d'un métronome, le geste sûr, le coeur plein de promesse d'une récolte à venir. Il est seul face à la tâche qui l'attend, fébrile, presque... "Un enfant éternel jouant à un jeu éternel, dans un éternel jardin..." . La parabole d'un semeur de vent que ne vient déranger aucune tempête. Un livre, Viento, le vent peut-être...
Ainsi vont les cartes OH, joue et gagne...
A découvrir www.OH-Cards.com et le livre: "Les fraises derrière la fenêtre" de Waltraud Kirscheke

Une seule question, une seule!

La radio est un vecteur incroyable. Pour y avoir officié pendant plus de 15 ans, je sais la puissance évocatrice que peut avoir une voix, une ambiance sonore. Ainsi, une bonne partie de la nuit, grâce à une petite oreillette, j'écoute les grandes ondes. Celles que l'on cherche et qui grésillent et puis se perdent. Des voix inconnues traversent la Manche, d'autres venues de France franchissent les Pyrénées aussi promptes qu'un isard.
Souvent vers quatre heure du matin, Jordi Tuñon, sur Radio Nacional España, vient lézarder tous les sommeils. Véritable "allumé" de la nuit, il bouscule tous les critères traditionnels des canons radiophoniques: pas de voix douce et profonde, pas de musique langoureuse, pas d'épanchement d'auditeurs en mal de vie. Tout le contraire. L'explosion d'une voix gaie et forte, des sujets loufoques, des auditeurs dégentés, le tout copieusement arrosé d'une musique dingue sortie de dessins animés de Tex Avery. Si tu dors, je te tue!

La nuit dernière, Jordi Tuñon interpelle les auditeurs: "Imaginez qu'un peuple extraterrestre vienne sur terre. Il peut répondre à tout, sur n'importe quel sujet. Leur chef vous fait une faveur, répondre à une et une seule de vos questions. Qu'elle serait-elle?".

Les appels ont afflué au standard.

Beaucoup de questions métaphysiques : Les anges existent-t-ils?, qu'y a-t-il après la mort?, qui suis-je? pourquoi l'homme?...

Des auditeurs en ont profité pour régler leurs comptes: Pourquoi ma femme m'ennuie-t-elle autant depuis le premier jour? Comment puis-je tuer ma belle-mère?

D'autres ont égoïstement préférer demander les combinaisons gagnantes de l'euromillion ou des codes d'accès d'une banque...

J'ai fait comme tout le monde, je me suis creusée la cervelle. Une question, une seule. Et au bout une réponse, qui pourrait satisfaire la plus émoustillante de mes curiosités. Oh pas une réponse à me rendre ni plus riche, ni plus belle, ni moins vieille! Non, une réponse à vous couper le souffle, à vous faire exploser la cervelle, rien qu'en déchirant d'un coup sec le voile de l'ignorance, une de ces révélations qui vous change un homme, qui vous fait traverser d'un bond les limites du savoir, qui vous fait prendre corps dans une universalité sans borne, où l'infiniment petit flirte avec les géants. Oui, comprendre tout, à saciété, se vautrer dans la connaissance comme un goinfre, s'empiffrer de tous les savoirs en une seule et gigantesque bouchée, avaler conscience et préscience avec la voracité d'un goulu, engloutir la moindre information à en faire chialer Platon, qui était sûr que la connaissance seule pouvait mener vers le bien...

Bon sang, elle ne venait pas cette question! Il y avait peut-être quelque chose à voir avec Dieu? mais franchement savoir s'il existait ou pas ne changerait pas grand chose. Cela aurait fait tout drôle à un de mes copains, curé (dont j'étais presque sûr de la question...) de repartir, en apprenant que Dieu n'existe pas. Il aurait accusé le coup, puis serait retourné à ses activités: écouter, servir, panser les plaies des âmes. Redoublant d'efforts, le coeur au bord des lèvres, le secret bien enfoui, on ne prive pas les coeurs simples d'apaisement!

J'ai cherché du côté de Freud et de Jung si je n'avais pas un petit quelque chose à terminer. Une de ces introspections qui serait restée sans réponse, ou un rêve enfin décrypté...En passant j'aurais pu réconcilier toutes les branches de la psychanalyse qui n'en finissent pas d'agiter le cocotier! J'avais tant à faire avec ma propre histoire que je ne savais pas par où colmater... oups! commencer, encore un lapsus!

Il fallait bien faire trouver quelque chose, ils étaient là à me regarder avec leurs antennes longues comme le bras et leurs tentacules posées sur le tableau de bord de leur vaisseau. Le chef qui portait une casquette en coton rouge (oui, c'est très à la mode là bas), m'a fait signe d'approcher. J'ai fait un pas en avant, en tortillant le pan de ma jupe écossaise (non, très peu à la mode, ici) .

- Je suis le grand Yuipolklemmekdood, pose ta question et je te répondrai....

J'ai raclé ma gorge, essuyé un peu de sueur qui perlait à mon front et d'une voix mal assurée, j'ai interrogé le grand chef.

- Ca va ?

mercredi 4 novembre 2009

Le tout est de commencer...



Bienvenue à ceux qui viennent de me rejoindre.


Je savais que j'avais rendez-vous avec quelqu'uns d'entre vous.


Après la sortie de mon livre Viento, paru aux éditions Ixea, vous m'avez incitée à ouvrir un blog, pour publier d'autres histoires, vous faire partager d'autres images, d'autres senteurs, d'autres voyages. C'est chose faite. Je ne sais pas encore quelle sera l'aventure que nous partagerons mais j'en savoure déjà les prémices. Comme toute histoire qui commence je n'en connais que les contours incertains, mais comme toujours, je m'y engage tête la première!


" Pour que l'évènement le plus banal devienne une aventure, il faut et il suffit que l'on se mette à le raconter." Sartre


A ceux qui voudront bien être du voyage... d'avance merci.


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